En cette journée très froide de décembre, je n'avais rien de mieux à faire que de passer les plus belles heures d'ensoleillement en plein coeur de la salle d'attente de l'hôpital de Ste-Banlieue... mais cette fois-ci, contrairement à la coutume du temps des fêtes, la visite était pour moi. X-Boy lui, était bien sagement à l'école. Chanceux.
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Mais qu'avais-je donc? C'est ce que je ne savais pas. Car malgré mes dix années d'expérience en diagnostics hors-norme et en analyses de symptômes, je n'avais aucune idée de ce qui se tramait dans mon "phare" intérieur. En effet, depuis dimanche, et ce, sans raison apparente, une lumière s'était mise à "tilter" dans mon coeur à intervalles réguliers de 5 ou 10 minutes. Et POUF, ça me frappait dans le coeur, comme si on me le cognait ou le serrait très fort afin de l'étouffer... le temps d'un battement.
Après deux jours à y être allée de mes hypothèses, je me suis décidée à aller voir "les grands" afin de mieux comprendre la désorganisation cardiaque qui me triture le rythme de façon singulière, disons-le ainsi...
Et c'est bien à contre-coeur (apprécions!) que je me suis stationnée dans l'antre-des-virus-et-pathologies-contagieuses... Mais bon, après avoir téléphoné à 1355 cliniques où l'on me répétait d'une voix mécanique que "aucune place n'est disponible en sans rendez-vous", après avoir tenté de rejoindre mon docteur "de famille" qui vit à 1h30 d'ici (et qui est en congé de maladie... ça arrive...), je me suis résignée à prendre un tit-numéro en prenant grand soin de ne PAS toucher avec mon doigt l'écran tactile contenant assurément un milliard de bactéries infectieuses. Argh.
Au triage, j'ai bafouillé en tentant d'expliquer que je faisais le contraire d'une tachycardie, mais en même temps, pas non plus une bradycardie. L'infirmière a souri et m'a demandé si j'étais suivie ici en cardiologie. Ce à quoi j'ai dû répondre non... et expliquer que mes connaissances en la matière me viennent des suivis serrés de fiston... Tout de go, elle m'a installé le saturomètre; tout était à 100%. La pression? Parfaite. Zéro fièvre. Restait l'électrocardiogramme.
On m'a demandé de m'asseoir sur une civière dans le corridor. Une technicienne est apparue à mes côtés, a fermé le grand rideau et m'a installé les électrodes en moins d'une minute. Une pro. Et zou, elle les a retirés. Je lui ai expliqué que "c'est parce que je n'ai pas eu "le" symptôme pendant ce trop court laps de temps, vous savez... ça me vient aux 5 ou aux 10 minutes...", mais bon, elle avait fait son boulot et zou, on m'a fait retourner dans la salle d'attente où logeaient une quarantaine de personnes avec qui je n'avais envie d'avoir aucun contact, malgré ma grande sympathie envers les humains en tous genres...
Trois heures ont filé, je me suis retrouvée en salle d'observation. Une autre heure plus tard, une gentille urgentologue s'est présentée, m'a demandé de lui expliquer mes symptômes, m'a parlé de son hypothèse et du fait que je devais passer un ECG (à nouveau) d'une plus longue durée afin de pouvoir capter un épisode. (logique Watson, imaginez si vous l'aviez fait au premier tour, le temps et l'argent qu'on aurait pu sauver? je dis ça de même...) Elle m'a demandé si je souffrais d'un dérèglement de la glande thyroïde, ce à quoi j'ai pu répondre que non, mais que chaque fois que je passe les tests, les résultats sont "borderline". Elle a donc demandé qu'on me prélève du nectar sanguin afin d'en avoir le coeur (oh!) net.
Avant de quitter, elle a planté son regard dans le mien et m'a demandé ceci, avec un large sourire de compassion:
- X-Mom... êtes-vous en grande fatigue en ce moment? À la fin de l'année, on l'est tous un peu...
- ...
- Vos symptômes peuvent découler d'un manque de sommeil, d'un trop-plein de stress...
- Je peux pleurer en vous parlant en 2 minutes, car je sais que votre temps est compté?
Elle s'est approchée de moi et je l'ai vue ouvrir ses oreilles à la bonne place.
- Je ne PEUX PAS être fatiguée... enfin oui, je peux, mais PAS à ce point-là. PAS au point où mon coeur décide de faire des niaiseries. Je n'ai PAS le temps de ne pas être bien, de me sentir comme si j'allais manquer d'air comme c'est le cas depuis 2 jours. J'ai un fils lourdement handicapé qui nécessite des soins constants... et bon, LUI, il arrête de respirer aux 4 minutes à cause de douleurs chroniques et bon, LUI, il souffre... pas moi... Il a 10 ans et il est fort et je n'accepterai pas que mon coeur me lâche de même, pour des niaiseries...
- !!! Des niaiseries, X-Mom? Vraiment?
- Mmm. Je sais que ce que je vis est hors-norme, mais justement, je le vis depuis tant d'années et je suis capable de le vivre... Je prends soin de moi; je fais du sport, je mange bien, je dors bien, je fais des siestes, je consulte une psy... Je ne comprends pas... qu'est-ce que je peux faire de plus?
- Rien, X-Mom. Et c'est ça que vous devez comprendre. Votre corps vous parle. Vous en faites ASSEZ. Vous faites CE QUE VOUS POUVEZ. Vous devez lâcher prise sur le reste. Votre corps vous demande de vous reposer pour continuer, justement.
- Et ça ne lui tentait pas de juste me donner des crampes dans les orteils à la place? Tsé, un coeur qui bat trop fort, me semble que ce n'est pas le meilleur des symptômes à cocher dans sa liste, non?
- Mais avoir un coeur qui donne autant, c'est un bon signe, non?
J'ai souri comme une gamine. J'aime tellement les gens qui ont de l'esprit. Elle a quitté la salle en riant très fort et en me disant de M'ALLONGER le temps que l'infirmière arrive. C'était "comme un ordre". Que j'ai suivi à la lettre.
Bien étendue sur la civière de la salle, j'ai laissé aller quelques larmes. Faut-il vraiment que je me rende à l'hôpital pour me reposer "sans culpabiliser"? Parce qu'ici, au moins, m'allonger en plein jour est "justifiable"?
J'ai eu le temps de réfléchir à ce foutu sentiment de culpabilité... Car j'ai beau dire que je prends soin de moi, mais au fond de mon coeur (ahaaah), il y a toujours ce fâcheux sentiment de culpabilité, voire de honte, de me reposer "en plein jour", alors que tout l'univers entier "travaille" (X-Man en premier) et fait tout pour que sa famille ne manque de rien...
La même technicienne qu'au petit matin est revenue avec sa machine pour faire un plus long ECG. Et cette fois, elle a pu capter un épisode "problématique" à la toute fin, soit après 10 minutes. (quand je dis que je dis la vérité...)
La doc-soleil est revenue avec un large sourire.
- Alors voilà! C'est ce que je pensais, vous avez une extrasystole!
- Ok... et c'est positif?
- Oui et non. Oui dans votre cas, car c'est spasmodique et que vous n'avez aucune arythmie associée. Et aucun vertige/sueur/perte de connaissance. C'est bénin. Et surtout, ça peut disparaître comme c'est arrivé. Plusieurs personnes ne les ressentent même pas.
- Mmm. On me dit hypersensible... Ceci expliquant cela, hein?
- Probablement. Allez, vous pouvez repartir le coeur léger. (oooooooooooh!) Je vous suggère ou plutôt je vous ordonne de vous reposer "pour vrai" (Sherlock était là!) pour le restant de la semaine et surtout, de vous rappeler que vous faites ce que vous pouvez faire. Votre corps a des limites, écoutez-le. Si vous avez une irrégularité dans vos prélèvements, je vous appelle. Sinon, oubliez-moi et passez un joyeux temps des fêtes!
Et zou, elle est sortie en riant.
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Quand je suis embarquée dans la X-Boy Mobile, j'ai ressenti un fameux "pouf" dans mon coeur. En effet, mon coeur me parle "fort".
Et je vais l'écouter...
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En continuant d'écrire. Car mon coeur ne palpite pas de la même façon chaque fois que je tape sur mon clavier.
Il vibre de bonheur et surtout, avec le sentiment que chaque mot déposé ici en est un de moins à porter toute seule.
Repose toi! Et dis toi que ton grand frère fait ça aussi quand il est stressé... est-ce génétique??? xxx
RépondreEffacerAh ben là, si le grand frère a ça aussi, c'est sûr que c'est génétique! Qu'est-ce que tu veux, avoir "trop de coeur", c'est épuisant! hahah! xxx
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