Vivre au ralenti... dernière partie!

Lorsque mon Chevalier-X-Man est apparu au bout de la salle d'attente, mon coeur s'est remis en marche... C'était comme dans une télénovela ultra-quétaine... il m'a semblé si beau, si fort et son odeur est venue titiller mes narines avec délicatesse. C'est moi où il y avait de la **musique classique dans les haut-parleurs à ce moment-là? 

***

Le Dilaudid est une drogue fabuleuse, si on isole carrément ses effets secondaires nauséatoires...

***

Il poussait lentement un fauteuil roulant vide - mon carrosse noir de jais - et venait me délivrer des dragons qui rôdaient sous forme de microbes dans cette pièce remplie de sons de torture et de désolation. 

(Vous êtes encore là? Ouf!).

Quand il s'est penché vers moi pour me saluer, j'ai dit : 

- Franchement, X-Man... c'était bien long, ton affaire!.. Tsé, on reste à 5 minutes... c'est quoi, t'avais pas taillé la haie de cèdre avant mon retour et ça ne pouvait pas attendre?

Il est resté coi. Et m'a souri.

Dans ma tête, ça hurlait au drame. Comment pouvais-je être aussi merdique oralement alors que dans mon coeur, ça hurlait des remerciements, des "je suis tellement contente que tu sois là, tu es tellement attentionné!". 

Je me suis mise à pleurer. Tristement. Avec ce grand sentiment de culpabilité mêlé à une telle confusion.

- Je suis arrivé tout de suite, X-Mom... Tu es juste tannée d'être ici... Et ça se comprend... 

Il a chuchoté :

- Non mais, tu as vu tout autour? C'est pas la grande joie comme ambiance, hein?

J'ai cessé de pleuré et l'ai regardé droit dans les yeux pour le remercier en silence. Ça a fonctionné.

- Allez, X-Mom, installe-toi dans le fauteuil et je te ramène à la maison.

- ...

- X-Mom... tu peux te lever pour t'asseoir dans le fauteuil?

- ...

- X-Mom... tu veux que j'appelle l'infirmière? Tu es bizarre... Pourquoi tu ne bouges pas? Tu ne peux pas bouger?

- Oui. Je peux bouger.

- Ok... et tu peux t'asseoir dans le fauteuil?

- Oui.

Les minutes se sont écoulées... et j'ai posé la question obligatoire.

- Quand je m'assois dans le fauteuil, au juste?

- De quoi, "quand je m'assois dans le fauteuil"?!..

- C'est quand, le bon moment?

- Hein? Ben... euh... maintenant?

- Ok. 

Et je me suis levée debout. 

- Ok, X-Mom... tu as réussi à te lever... qu'est-ce que tu attends au juste?

- Je ne sais pas. 

- Euh... même X-Boy est plus facile à asseoir que toi. Héhé.

- Héhé.

Quelques secondes se sont écoulées.

- Bon, mets-toi de dos pour t'asseoir, X-Mom... sinon ça ne fonctionnera pas!

- Ok.

- Et tu attends quoi? Je ne te suis pas, là...

- Quand je me mets de dos?

- Hein? On est-tu dans un mauvais film ou quoi? De quoi, "quand"?!? Maintenant!!!

- Ok. Je me tourne de dos.

Et là, j'ai réussi à lui expliquer que mon cerveau avait BESOIN de savoir QUAND "tout" faire... c'est comme si j'avais un bogue dans la logistique positionnelle, quoi.

- T'es sérieuse-là? 

- ...

- Si tu le dis. Alors, tu peux t'asseoir "maintenant".

Et je me suis assise dans le fauteuil. Il s'est agenouillé pour m'enfiler mes bas et mes chaussures (j'étais Cendrillon sans la robe chic ni les belles-soeurs acariâtres) et j'ai été charmée... Quoique quand j'y repense, c'était clairement plus rapide que de me le demander! 

Je lui ai expliqué qu'il fallait se rendre à la pharmacie pour aller chercher les médicaments pour soulager mes douleurs, ce à quoi il a répliqué :

- D'accord... et tu peux rester seule à la maison pendant que j'irai?

Je me suis mise à pleurer comme une gamine.

- Ok... tu resteras dans la voiture... je ferai ça vite... Bon allez, direction les ascenseurs.

Devant nous, la porte d'ascenseur s'est ouverte et ce dernier était rempli. Rempli de gens tous en état de marcher. Personne en poussette ou en fauteuil dans le champ de mire. J'ai soupiré fortement. X-Man aussi.

Quelques minutes plus tard, l'ascenseur s'est rouvert la gueule pour nous dévoiler, encore une fois, tout son contenu "limité à 5" de marcheurs en pleine forme. X-Man a soupiré. Et j'ai sèchement dit :

- BEN LÀ!!! C'est pas vrai!!! Y'a des gens qui se prennent pour des princesses ici, c'est clair!!! 

Et je ne parlais pas de moi... quoique à chaque pas que X-Man faisait, j'entendais de la musique médiévale résonner... 

- C'est CLAIR qu'y en a parmi vous qui êtes capables de m-a-r-c-h-e-r... contrairement à moi, tsé!!!

Le malaise s'est rapidement installé dans la cabine. Deux personnes sont sorties en courant - je devais faire peur avec ma chevelure semi-trempée-pour-cause-de-débarbouillette-humide et mon teint de Blanche-Neige-sans-la-beauté-incluse-ni-les-sept-nains... 

Les trois autres personnes se sont excusées et se sont tassées vers le fond de l'habitacle pour nous laisser la place. J'ai entendu X-Man rire discrètement. J'avais la jauge à patience à zéro... et ça sortait sans filtre. Woah.

Une fois dans l'entrée de l'hôpital, j'ai balancé mon masque dans la poubelle tout près de la sortie. Finie la prison buccale. X-Man a fait de même et une fois rendus sur le trottoir qui menait à la voiture-transformée-en-Ferrari-pour-l'occasion, se trouvaient des obstacles.

Le premier devant nous, un jeune humain au cellullaire-tatoué dans la main qui, de toute évidence,  n'avait PAS l'intention de se tasser pour nous laisser passer. Je le lui ai fait savoir, oh que oui.

- C'est ça, bravo imbécile! Pas moyen que tu lâches ton estie de téléphone pis que tu regardes autour de toi pour voir si tu déranges, hein? Tasse-toi pas, pauvre con.

X-Man a roulé plus vite. Allez savoir pourquoi.

Encore sur le trottoir, un deuxième obstacle. En effet, il y avait un fauteuil roulant "vide" qui avait été laissé en plan, de toute évidence. 

- Tasse-ça de d'là, X-Man.

- Ben non... quand même... je vais aller le rapporter à l'hôpital.

- Hey, laisse faire la galanterie pis tasse ça... j'ai mal au coeur pis je m'endors, faque...

X-Man a délicatement rangé le fauteuil vacant sur le bas-côté et a continué à marcher doucement.

- Coudonc, t'es stationné à Warbush? Ça te tentait pas d'être proche de la porte?

- X-Mom, je ne pouvais quand même pas demander à tout le monde de quitter l'espace "devant" l'hôpital pour toi... t'es un peu pas mal princesse, là...

Il avait tellement raison. J'étais la Princesse-des-diamants-biliaires... Dommage que personne n'avait été mis au courant...

***

Après plusieurs minutes à comprendre "quand" je pouvais m'asseoir dans l'auto, nous sommes partis en direction de la pharmacie. J'ai dormi tout le long du court trajet qui nous séparait et de la pharmacie, et de la maison.

À quelques mètres de notre cour, je me suis écriée:

- OH!!! X-MAN!!! Ne l'écrase pas, please!!!

X-Man m'a regardé, hébété.

- Tu as VU l'écureuil qui traversait?!? T'es vraiment bizarre... 

Franchement, la Princesse-aux-diamants-biliaires était réputée pour son grand amour pour la bestiole animale... tssss.

Quand nous avons stationné la voiture dans notre cour, nos voisins sont immédiatement sortis sur leur balcon avant. De vrais bons parents... Ils se sont tout de suite informé de mon état et Super-Voisin a proposé à X-Man de me veiller le temps que ce dernier aille récupérer le Prince-des-pierres-rénales (oui) à son école.

En rentrant dans la maison, je me suis remise à pleurer... J'étais gênée d'avoir l'air aussi moche... de marcher comme une vieille sorcière de 13325 ans et de ne pas être capable d'être de bonne humeur...

Super-Voisin, avec son sourire tout doux, m'a aidée à m'installer dans le sofa et s'est mis à me rassurer. 

J'ai retrouvé un peu mon calme. Et lui ai demandé de me parler de son patio, question de me changer les idées... Ça a fonctionné à 100%! Moi, tu me parles de clous, de bois pis de commandes qui n'arrivent pas à temps à cause de cette foutue COVID et je me retrouve dans un feuilleton de construction!

X-Man est rentré au bercail avec X-Boy - tout de sourire vêtu - et Super-Voisin nous a laissé en famille.

***

La suite fut remplie d'un dégobillage en règle dès les premières gorgées d'eau avalées, de larmes bien sincères concernant des douleurs jusque là inexpérimentées et de quelques prises de calmants et d'anti-inflammatoires...

Telle la Princesse au bois dormant, j'ai roupillé nombre et nombre d'heures pendant les jours suivants... 

À chacun de mes réveils, Prince-X-Man était là, le regard attendri. 

Il m'apportait mes médicaments, replaçait ma couverture, plaçait un oreiller sous mes genoux, m'aidait à me relever et il m'a même avoué, que les deux premiers jours, il venait voir si je respirais à chaque heure... Parce que paraît-il, je ne bougeais pas d'un iota. Et ma respiration était totale silencieuse.

Il faut croire que j'avais besoin de cette immobilité. 

De ce silence aérien pour me relever.

Et redevenir X-Mom, sans couronne de princesse... 

ni diamants biliaires désormais.

Vivre au ralenti... Partie 2!

 Une fois amenée dans la zone d'attente, juste avant le bloc opératoire, je me suis surprise à avoir des petits tremblements de nervosité... Vous savez, ce sentiment que le coeur bat plus vite, que le souffle se fait un peu plus court, cette soudaine envie de peut-être s'en aller discrètement? Juste partir en douce, faire comme si on n'avait jamais eu besoin d'une telle chirurgie?

Mes angoisses se sont rapidement dissipées quand j'ai entrevu, devant mes mirettes, un homme d'un certain âge, allongé dans son lit "d'attente" et qui toussait fortement. Un anesthésiste est venu le visiter, a fermé le "rideau" qui doit, soit disant, procurer une intimité (mais c'est pas coupe-son, un rideau, hello!!!) et lui a posé une batterie de questions. Les réponses du Monsieur, bien qu'il ait adopté un ton jovial, étaient on ne peut plus anxiogènes pour la petite hypocondriaque que je peux être, surtout en tite-jaquette d'hôpital frette... 

Ayayaye, cet homme avait subi une pléthore de chirurgies, portait un "pacemaker" et se targuait de n'avoir JAMAIS eu de nausées après une anesthésie. Il riait de cette "force", le bonhomme... alors que je me disais... ouais, ben ce n'est pas mon cas... Moi, on me parle d'anesthésie et j'ai un haut-le-coeur automatique. Chacun ses forces, hein?

Les minutes se sont lentement écoulées (je n'avais pu apporter mon livre dans cette zone) et le chirurgien est venu à ma rencontre. Derrière son masque, je ne pouvais voir son sourire, mais ça s'entendait. Pourtant, quand on m'avait parlé de ce chirurgien, on m'avait mentionné qu'il était zéro sympathique/expéditif/ultra-compétent. Mais voilà qu'il était d'une gentillesse... J'ai peut-être la nausée facile, mais aurais-je un talent d'être mignonnette, même en jaquette-lette? Tout est possible.

- Bonjour X-Mom. Je suis content de vous rencontrer... je préfère voir mes patients que de leur parler au téléphone, mais bon, avec la COVID...

- En effet... on doit s'adapter...

- Alors, je viens pour vous dire que mon équipe est prête et que vous serez opérée à 10h15, comme prévu. Comme votre échographie révélait une pierre très nette, la chirurgie sera facile. On prévoit une heure, une heure quinze. Vous pourrez quitter dès que vous serez bien réveillée. Au fait, vous êtes toujours mère à la maison?

- Oui.

- Je suis jaloux.

- !!! 

- Oui, c'est exactement là où je voudrais être avec ma femme et mes enfants en ce moment... et surtout pour les mois à venir... Car vous ne pouvez pas deviner à quel point ce sera dramatique dans le milieu hospitalier dans les prochains mois...

- !!!

- Vous voulez un conseil? Restez le plus possible à la maison. Faites-vous une vraie bulle et lavez-vous toujours les mains... 

- C'est noté. Mais avec fiston qui est handicapé, on est "déjà" des maniaques du lavage de mains...

- Eh bien, c'est une bonne habitude. Allez, on se revoit au bloc opératoire!

Et il est parti, me laissant seule avec mon hypocondrie covidienne qui venait, ma foi, de reprendre beaucoup de place dans mes neurones... Ark-e. Si un chirurgien nous dit ça, c'est inquiétant, non? En tout cas, ça m'a presque fait oublier que j'allais me faire zigouiller le bide... 

***

Un brancardier est venu me chercher et a roulé mon lit jusqu'au fameux bloc opératoire. C'était comme dans un film. On me roulait dans un long corridor et je voyais le plafond blanc défiler. Puis, au-dessus des grandes portes hermétiques qui s'ouvrent automatiquement étaient inscrites les lettres suivantes en noir sur blanc : "Bloc opératoire. Personnel autorisé seulement.". Et le grand vertige m'a assaillie. 

On m'a roulée jusqu'à ma future table d'opération, située au centre de trois méga-spot aveuglants et fascinants à la fois. J'ai vu deux ou trois infirmières s'affairer à rapprocher le matériel. Puis, on m'a demandé de me glisser doucement sur la table qui, ma foi, était si peu large que je me demandais réellement où mettre mes bras... 

À cette question est arrivée rapidement une réponse technique; une infirmière a fait apparaître d'où je ne sais où des plates-formes longilignes et rectangulaires qu'elle a installées, en croix, de chaque côté de la table d'opération. Elle a saisi adroitement chacun de mes bras et les y a installés pour ensuite les recouvrir de lourdes couvertures chaudes et confortables. Une autre infirmière a également recouvert mes jambes avec une autre couverture lourde et tout aussi chaude. J'ai souri en me disant que "c'est ça, ils nous amadouent avec un traitement "type spa" avant de nous bistouriser..."

L'anesthésiste s'est pointé au-dessus de ma tête. Regarder quelqu'un tête-bêche est toujours fascinant. 

- Bonjour X-Mom. Vous êtes prête?

- Mmm. Telle une scoute...

- Hahaha, vous avez de l'humour, vous?

- Il paraît...

- Et vous avez des allergies?

Je n'ai pas eu le temps de répondre qu'il a saisi mon poignet de sous la couverture pour y découvrir THE bracelet médical indiquant toutes mes allergies. Il a sursauté et lâché:

- Oh boy!! Dites-moi... ils auraient pu vous en remplir un autre tellement vous avez de médicaments inscrits là-dessus!!! On a affaire à un beau cas ce matin!

- En effet... je suis contente de vous rencontrer "avant" que vous m'endormiez, car disons que j'ai une forme légère de narcolepsie également... J'ai une hypersomnie diurne, donc vous pouvez imaginer que je ne me réveille pas facilement... surtout pas si l'on me donne un somnifère ou du "gros stock"... Est-ce qu'il y a un moyen de ne "pas trop m'endormir"?

- Je vais veiller à ce que l'on donne la dose minimale requise, ne vous inquiétez pas... Bon, allons, montrez-moi vos veines.

Je n'ai pas eu le temps de répondre qu'il s'est exclamé :

- Eh boy, X-Mom!!! Vous n'avez pas de veine en plus?

- Pas de veine, hein? 

Tout le personnel a rigolé. Était-il seulement poli, car on s'entend que côté blague, c'était limite sous-sol... Hahah.

Il a tapé d'une bonne force mes veines pendant un beau gros 4 minutes puis une infirmière m'a installé un masque à oxygène pour me remplir les poumons d'air pur, justement, avant de m'envoyer dans les bras de Morphée.

J'ai entendu l'anesthésiste s'exclamer glorieusement "J'ai une veine, donnez-moi vite mon..." puis Zzzzz. Plus personne ne répondait à l'appel de mon côté.

Du gros sommeil lourd. 

***

Après la chirurgie, mes souvenirs sont plutôt épars. Je me souviens m'être réveillée dans la fameuse "salle de réveil" et d'avoir répondu à la question "votre douleur se situe à quel niveau sur une échelle de 1 à 10" en pointant le ciel avec mon bras droit. Ensuite, je me souviens d'avoir dit, très inquiète :

- Excusez-moi... est-ce que c'est normal d'avoir aussi mal?

À cette question, une infirmière m'a répondu gentiment : "Oui, X-Mom. C'est normal. On vous a donné un calmant, ça ira mieux dans quelques minutes".

Et je me souviens d'avoir répété la question au moins cinq ou six fois... C'est fou ce que j'avais besoin de me sentir "normale"... à défaut de l'être tous les autres jours de ma vie!

***

Ensuite, je me suis réveillée dans "mon spot" d'attente du matin, là où tous les autres patients opérés - ou en attente de - se trouvaient aussi. 

Quand une première infirmière s'est approchée de moi, elle s'est exclamée :

- Ah ben, enfin!! Hey vous là... ça fait 2h30 que vous êtes revenue et vous n'avez JAMAIS ouvert un oeil... c'était écrit dans votre dossier que vous étiez difficile à réveiller, eh ben c'était vrai...

Je dois avoir souri. Me souviens plus. 

- Madame l'infirmière... j'ai mal au coeur. Mais VRAIMENT mal au coeur...

Elle restait là, à me regarder.

- Je pense que vous ne comprenez pas bien... J'ai BESOIN d'un plat, une poubelle, une piscine en plastique, je ne sais pas quoi, mais je VEUX quelque chose pour vomir dedans, là là!!!

Elle s'est lentement étiré le bras vers la table de "chevet" pour me donner un petit sac-à-futur-vomi qui s'y trouvait.

- Juste ÇA?!? Vous croyez que ce sera suffisant??? Je pense que vous ne savez pas ce que c'est, quand je dis que j'ai envie de vomir...

Elle est repartie. De même. 

Une autre infirmière, plus compréhensive, est venue à ma rencontre, alors que j'avais retiré mon masque (oui) pour "vomir" bientôt...

- X-Mom... vous avez mal au coeur?

- C'est clair, non?

- Oui... on ne peut pas vous donner du Gravol, à cause de votre hypersensibilité et votre hypersomnie... On doit vous donner du "gahwtyrhyerh" (aucune idée du nom), mais le chirurgien n'a pas fait la prescription...

- Ok... c'est pas simple là... Ben ça ne me dérange pas, si vous ne me donnez pas votre super-médicament, je vais juste vomir tout le reste de l'après-midi... 

Et je me suis mise à pleurer, telle une gamine... car je ne voulais pas être bête, mais je me sentais telle que.

- Madame l'infirmière... je n'aime PAS ça, avoir mal au coeur... je n'ai PAS envie de vomir TOUT l'après-midi... vous pouvez téléphoner au chirurgien?

- C'est ce qu'une collègue est en train de faire, X-Mom... Mettez cette débarbouillette froide derrière votre nuque et celle-ci sur votre front. Ça va vous aider...

J'ai exécuté ces deux petits gestes et quelques secondes plus tard, la prescription avait été reçue et on me donnait le "gahwtyrhyerh" et zou, la nausée est disparue. Fiou.

***

L'infirmière-zéro-compréhensive est venue quelques minutes plus tard pour déposer un sac jaune rempli de vêtements sur mon lit. 

- Heu, non.. ce n'est PAS mon sac de vêtements...

Bêtement, elle m'a répondu: 

- Bien sûr que si, X-Mom. 

Bêtement, j'ai répliqué:

- Bien sûr que non. C'est le sac de la fille d'en face. Elle s'appelle X-Mom M-I-NET et moi, c'est X-Mom M-A-NET... vous saisissez la nuance?

- Non non non. C'est VOTRE sac.

- Non!!! Franchement, vous savez lire?

J'ai voulu ravaler ma bêtitude, mais bon, mon corps était occupé ailleurs... Grmblgr. Même "gelée", on ne me la fait pas, l'erreur de lecture, bon.

Elle a pris l'étiquette du sac jaune dans ses mains et a lu à voix haute :

- X-MOM M...i... net... Ben voyons, sont donc bien perdus, là-bas.. ils ne m'ont pas donné le bon sac, ça se peut-tu!!!

Elle a empoigné le sac avec colère et l'a déposé sur le lit de la "bonne patiente" qui, comme moi, avait franchement la nausée et demandait depuis des lustres, de l'aide pour aller à la toilette... 

***

Tout autour de moi, grâce aux rideaux d'intimité (?), j'ai assisté au concert des plaintes et râlements des patients en post-op... Ça geignait, ça pétait (oui oui!), ça vomissait, ça pleurait, ça sacrait même, au bout de la pièce... Un grand gaillard à l'allure franchement zéro avenante aboyait dans son cellulaire... Il se plaignait "d'avoir été opéré tabarn... par des criss... d'ost... d'incompétents" et il voulait partir "là, côôôôliss... avant de péter des yeules!!!"... 

Avais-je été rude avec l'infirmière? Mmm... je me suis donnée, à ce moment, une médaille mentale de doucerosité. 

***

Vers 15h00, une infirmière franchement joviale est arrivée à mes côtés pour m'annoncer que je pourrais quitter très bientôt puisque tout allait bien de mon côté. Elle m'a demandé gentiment de m'asseoir lentement pour que je "reprenne vie" un peu...

Elle me regardait. Je ne bougeais niet.

- Alors, X-Mom... vous pouvez vous asseoir?

- Peut-être. Je ne sais pas.

- Vous pouvez essayer?

- ...

- X-Mom... il faudrait que vous vous assoyez.

- ...

- X-Mom... vous asseoir... vous êtes correcte? Vous m'entendez?

- Hein? Oui...

- Alors...

- Alors quoi?

- Vous vous assoyez?

- Quand?

- Comment ça, "quand"?

- Quand est-ce que je m'assois?

- Maintenant, X-Mom. Vous pouvez vous asseoir maintenant.

- Ok.

J'ai tenté de m'asseoir à une vitesse "normale", ce qui m'est tout de suite apparu impossible. La douleur ne s'expliquait pas. Mais j'ai réussi. Et me suis mise automatiquement à pleurer.

- Ça ne va pas, X-Mom?

- Ça tourne un peu. J'ai vraiment mal.

- C'est normal, c'est pour ça que je veux être là quand vous vous assoyez la première fois... 

- Merci... vous êtes vraiment gentille.

- De rien, c'est mon travail... Je vais vous expliquer les consignes à suivre pour votre retour à la maison. Vous êtes capable de m'écouter?

- ...

- X-Mom.. Vous pouvez m'écouter?

- ...

- X-Mom... Vous êtes trop étourdie?

- Non.

- Vous pouvez comprendre mes consignes?

- Oui.

- Je vais vous lire les deux feuilles.

- Ok. Quand?

- "Quand" quoi?

- Quand est-ce que vous lisez les consignes?

- Là, maintenant. 

Et là, j'ai pigé... Mon cerveau "gelé" faisait une fixette de précision e-s-s-e-n-t-i-e-l-l-e sur le moment d'agir... Des heures de plaisir en vue. L'infirmière a semblé piger en même temps que moi ce mode de fonctionnement neuronal post-op.

- D'accord, X-Mom. MAINTENANT, vous écoutez ATTENTIVEMENT mes instructions.

Et elle m'a tout déballé les infos nécessaires à ma bonne survie. J'ai TOUT écouté.. ai-je TOUT retenu? Niet. Mais c'est pour ça que tout était "écrit" sur les deux feuilles qu'elle m'a demandé de plier et de mettre dans mon sac à mains.

Et la bal du "quand" a repris. Elle m'a demandé de m'habiller et elle a dû, sans blague, me dire toutes les étapes une à une, et surtout dans le "maintenant" afin que je puisse quitter ce lieu vêtue correctement. 

Une heure plus tard, littéralement, elle a pu contacter X-Man pour qu'il vienne me chercher.

***

Alors que je m'étais réallongée en attendant que X-Man arrive, le chirurgien est apparu devant mes yeux.

- Rebonjour X-Mom! 

- Ah, Monsieur le chirurgien... je suis contente de vous voir... Alors, ça a bien été si je me réveille aussi vite et que je peux repartir aujourd'hui!

- Ça va bien "maintenant"... (tiens, tiens, un mot-chouchou!!!) mais je dois vous avouer que ça a été plus difficile que prévu... En fait, X-Mom, vous aviez un problème d'anatomie...

- D'anatomie?

- En effet. Je n'avais jamais vu ça dans toute ma pratique... En fait, oui, mais dans la littérature seulement... Et ça a compliqué beaucoup l'intervention... Mais par chance, on a tout bien réussi... Vous êtes un cas bien spécial...

- Vous n'êtes pas le premier à me le dire... Mais là, jusque DANS mon anatomie.. et qu'est-ce que j'avais au juste? Trois vésicules? Deux testicules?

Il a rigolé. Moi aussi.

- Non... en fait, vous voyez, la vésicule est reliée au foie par un canal. Pour faire un exemple simple, admettons que le canal mesure en général 10 cm... Eh bien, le vôtre, il en mesurait moins de 1 cm... Ce qui fait que votre vésicule était carrément "collée" sur votre foie et que pour la retirer, on n'avait pas d'espace de manoeuvre... On a eu très peur de percer le foie, mais ça n'est pas arrivé. Et on a eu toute une surprise. Derrière votre vésicule, il y avait une grosse veine super importante qui ne passe PAS là d'habitude... par chance qu'on l'a aperçue avant de l'accrocher... et aussi, saviez-vous que vous saignez vraiment facilement et beaucoup? Aussitôt qu'on vous touche, vous saignez... vous en avez perdu une certaine quantité, environ 1/4 de tasse... ce n'est pas énorme, mais dans une opération comme celle-ci, c'est rare...

- ...

- Mais ce qui est important, c'est que je sois satisfait de mon intervention... Et il était temps que vous veniez me voir, car ça aussi, c'est rare, mais la paroi de votre vésicule était vraiment très mince... comme si vous aviez 90 ans... Votre vésicule aurait pu éclater et ça aurait été très dommageable... Vous avez eu de la chance de faire des pierres à ce moment-ci...

- Wow... c'est quelque chose... Euh... je ne sais pas trop quoi dire... En fait, merci? Je vous remercie pour tout... 

- De rien... c'est mon métier... On se reverra dans quatre semaines, en personne, cette fois, car je dois voir la guérison de vos cicatrices... À bientôt et reposez-vous.

Il est parti et j'ai réfléchi à tout ça tranquillement.. de tout façon, l'option "vite" ne faisait pas partie de mes neurones...

J'étais "chanceuse" d'avoir fait des pierres? 

Mes pierres auraient donc été des pierres précieuses? 

J'ai donc produit du diamant vital?

***

Je me suis fermée les yeux sur cette réflexion de conte de fées... 

***

En attendant que, quelques minutes plus tard, mon chevalier-X vienne me délivrer de cette forteresse aseptisée...


Vivre au ralenti... partie 1

Ça y est! Mon dos s'est peu à peu déplié de sa courbette post-opératoire et je peux désormais déposer mon séant sur la chaise ergonomique... et pianoter telle Schubert (!) sur mon clavier qui, au fil du temps, est en train de devenir un piano que de notes noires remplies... 

En effet, les inscriptions blanches délimitant les lettres s'effacent... Par chance que je possède mon doigté, sinon vous auriez droit à du "rywioyh à l'infini"! pouahahah!

***

Parlant de "rywioyh", voilà un mot qui résumerait assez clairement l'état second dans lequel je me suis retrouvée à mon réveil de cette gentille opération... 

Allez, foule en délire (!), je vous raconte mon périple hospitalier.

***

Mardi matin, la routine pré-scolaire de X-Boy s'est déroulée rondement. N'ayant pas le droit de festoyer aux céréales pour célébrer mon réveil comme chaque matin, j'avais une zone de temps supplémentaire pour m'occuper du gamin et de tout le toutim. Ce qui a allégé la tâche de X-Man et nous a permis, oui oui, de nous retrouver tous les trois bien en avance devant l'hôpital afin que seulâbre, je m'y rende le coeur rempli de non-hâte et de tite-peur fatigante.

Je suis donc entrée, masquée et zéro-confiante dans cette zone spatio-temporelle où l'aseptisation semblait faire aussi partie du modus operandi de la secrétaire-soldat chargée de l'accueil (!) des patients. 

Bien terrée derrière son plexiglas, Bouledoguette n'a pas daigné lever les yeux vers ma douce binette. J'ai donc poussé la joyeuseté ainsi : 

- Bon matin!!! Mon nom est X et j'ai rendez-vous à 8h00 pour une ablation de la vésicule biliaire !

Derrière le plexiglass, une main s'est pointée lourdement pour se retrouver dans l'interstice où, la main l'exigeait, j'allais docilement glisser: 

- Vos-deux-cartes-svp-ensuite-vous-allez-vous-changer-et-mettre-une-jaquette-de-face-que-vous-attachez-dans-le-dos-et-ensuite-une-jaquette-de-dos-que-vous-attacherez-de-face-comme-une-robe-de-chambre-pour-cacher-l'ouverture-au-dos-et-vous-enlevez-TOUT-puis-vous-mettez-les-pantoufles-bleues-vous-mettez-tous-vos-articles-dans-un-sac-transparent-jaune-et-vous-revenez-vous-asseoir-dans-la-salle-d'attente-avec-le-formulaire-à-remplir-que-voici. 

Je me suis demandée si elle allait respirer un jour... ou encore mieux, me regarder et ouuuuh, me sourire? Non. Je pouvais toujours rêver.

Délestée de mes deux cartes, je me suis dirigée vers le corridor, à la recherche du parfait-tit-kit-d'hôpital. 

Sur une grande étagère se trouvaient des piles de jaquettes retenues par des attaches de plastique. Pouvais-je prendre "mes" jaquettes dans ses piles bien droites? Devais-je "défaire" les piles? Si c'est écrit "X-Large" sur la pile la plus à droite, est-ce que ça veut dire que la pile la plus à gauche contient des "Small"? Il n'y avait rien d'indiqué. Q

Quelques jaquettes traînaient dépliées de-ci, de-là. Il y avait des dizaines de pantoufles bleues éparses... ces dernières étaient-elles propres? 

J'avais beau regarder autour de moi, il n'y avait personne à l'horizon pour m'expliquer en quelques mots la bonne marche à suivre. Peut-être suis-je la seule à aimer que les choses soient claires, mais j'aurais aimé retrouver, ne serait-ce que sur un mur, une affichette avec les consignes pour "bien choisir" mon futur accoutrement vestimentaire. 

Et c'est n'était point pour être coquette, n'ayez crainte, mais plutôt pour éviter de taponner à outrance des matériaux poreux alors que, ce me semble, nous sommes planétairement en situation critique de propagation virale... 

Alors que je tergiversais en silence devant les piles de jaquettes, une patiente est sortie du petit vestiaire avec en ses mains, son fameux sac jaune rempli de tous "ses effets personnels". Elle m'a souri.

- Vous cherchez vous aussi quelles jaquettes et quelles pantoufles prendre, hein? 

- En effet!!! Disons qu'à l'accueil, les infos n'étaient pas faciles à soutirer..., ai-je murmuré.

- C'est tellement troublant... tsé, on arrive ici déjà tellement nerveux et on devrait tout savoir?

- Je suis contente de voir que l'on partage la même opinion..., lui ai-je répondu en brève conclusion. 

Cette gentille patiente m'a suggéré de prendre des jaquettes dans la pile de gauche (mon instinct était bon? Hou!) et m'a indiqué l'endroit où se trouvaient les sacs jaunes. Je l'ai remerciée, je suis allée me transformer en super-héroïne-de-la-future-opération et je suis retournée dans la salle d'attente pour remplir mon formulaire.

À l'accueil, s'est présenté entretemps un homme très âgé qui marchait à la vitesse escargot. Il traînait ses chaussures sur le sol et ça m'a fait sourire. Car on voyait bien que jadis, cet homme avait assurément eu une saprée énergie. Une fois devant Bouledoguette, il s'est exclamé avec sa voix usée, mais joyeuse:

- Ben rebonjour vous!

Bouledoguette a trembloté du couvre-chef, mais sans lever les yeux. Peut-être avait-elle une malfonction occulo-musculaire? Tout est possible, vous savez.

- Bonjour-Monsieur.

- Je suis de retour! J'étais venu hier, mais on a annulé ma chirurgie! Héhé! Mais là, cette fois, c'est la bonne!

J'ai eu envie de chouiner. Moi, les personnes si âgées qui ont encore cet humour, cette envie de rigolade, ça me touche direct au coeur. Pourrait-il faire fondre un peu l'iceberg cardiaque de Bouledoguette? J'ai lâché quelques secondes mon formulaire-si-important-à-remplir pour yeuter les protagonistes avec beaucoup d'espoir humain.

- Comme j'étais là hier matin, j'imagine que je n'ai pas besoin de remplir encore une fois le fameux formulaire, hein?

- Ah-Monsieur-ce-ne-sera-pas-possible-Vous-DEVEZ-remplir-le-formulaire-à-nouveau-c'est-la-procédure.

- Euh... mais là, depuis hier, mes informations n'ont pas changé? Vous pourriez faire une exception?

- Non-Monsieur-donnez-moi-vos-deux-cartes-ensuite-vous-allez-vous-changer-et-mettre-une-jaquette-de-face-que-vous-attachez-dans-le-dos-et-ensuite-une-jaquette-de-dos-que-vous-attacherez-de-face-comme-une-robe-de-chambre-pour-cacher-l'ouverture-au-dos-et-vous-enlevez-TOUT-puis-vous-mettez-les-pantoufles-bleues-vous-mettez-tous-vos-articles-dans-un-sac-transparent-jaune-et-vous-revenez-vous-asseoir-dans-la-salle-d'attente-avec-le-formulaire-à-remplir-que-voici. 

Le Monsieur a froidement glissé ses cartes vers Bouledoguette et s'est dirigé vers le vestiaire. Au moins, lui, il "savait" quoi faire exactement...

J'ai eu envie de chouiner à nouveau. 

Je deviens de plus en plus sensible face à la bêtise humaine. Dans un lieu où la nervosité se présente avant même le premier bonjour de la part d'un patient, la compassion ne devrait pas être obligatoire? Une personne à l'accueil ne devrait pas, justement, être sélectionnée pour sa capacité d'accueil? L'usure du temps est-elle réellement une excuse pour cette froideur pseudo-professionnelle entre humains? Est-ce qu'un plexiglass enlève encore plus la capacité émotionnelle de créer des liens, si brefs soient-ils? 

***

Si je le pouvais, je ferais du bénévolat dans cette salle d'attente pour guider/accompagner/rassurer les patients qui viennent s'y faire, littéralement, charcuter de façon provisoire... 

En tout cas, moi, j'aurais aimé recevoir, de la part de Bouledoguette, un sourire franc au lieu d'une poignée de mots-secs-et-sans-saveurs (comme les croquettes qu'elle doit ingérer au dîner) directement dans le visage. 

***

Alors que je terminais de remplir mon questionnaire, j'ai entendu ceci : 

- X-Mom est demandée au département de chirurgie d'un jour, svp. X-Mom est demandée au département de chirurgie d'un jour, svp. Merci. 

Je me suis levée debout, intriguée. N'étais-je pas "déjà" au département de chirurgie d'un jour?!?

- Ne suis-je pas déjà au département de chirurgie d'un jour?, ai-je finalement dit à voix haute...

Tous les patients de la salle d'attente m'ont regardée, intrigués et mi-souriants eux aussi. J'en était là de mes réflexions et prête à faire quelques figures de danse classique pour désennuyer la foule quand une voix rude est venue briser ce grâcieux moment d'absurdité.

- Vous-devez-vous-rendre-au-bout-du-corridor-qui-se-trouve-à-votre-gauche-et-ensuite-vous-allez-au-poste-à-votre-droite-à-la-chirurgie-d'un-jour.

C'était Bouledoguette qui venait d'aboyer, toujours sans lever les yeux. Woouh-wouaf.

En passant devant la responsable-dudit-département-d'accueil-canin, j'ai lâché un "Si-vous-êtes-de-bonne-humeur-ce-matin, il-faudrait-le-dire-à-votre-visage-tsé" et j'ai continué mon chemin, non sans ressentir un vilain plaisir d'avoir moi aussi, aboyé, en quelque sorte.

Rendue à destination, deux infirmières m'ont accueillie avec un large sourire et l'une d'entre elle m'a indiqué où se trouvait mon "lit d'attente". 

J'ai lâché un soupir de soulagement. La gentillesse était donc au rendez-vous. Ouf. Et yé.

Parle-parle jase-jase avec l'infirmière qui a noté, à sa grande surprise, toutes mes allergies, intolérances et particularités médicales et qui m'a expliqué, avec tant de douceur, les étapes par lesquelles je passerais avant de disparaître derrière les portes du bloc opératoire. 

Bien installée sur un lit-roulant, elle a déposé une couverture chaude sur mes jambes et m'a annoncé que ma chirurgie aurait lieu à 10h15. 

Il était 8h15, j'avais donc deux heures devant moi. Selon elle, vers 9h00, l'on viendrait me déplacer dans la zone pré-opératoire où je rencontrerais alors le chirurgien et l'anesthésiste. 

J'ai donc saisi mon bouquin et après plusieurs minutes de découragement, j'ai réussi à trouver une façon de placer mon masque afin que mes lunettes puissent me permettre de lire et non de ne seulement servir qu'à être des miroirs de buées... 

Tout autour de moi arrivaient d'autres patients qui s'installaient eux aussi dans leur espace temporaire. J'écoutais parfois les conversations entre ces derniers et les infirmières et le constat était facile; tous les patients sont nerveux, insécures et inconfortables. Bien déguisés avec nos jaquettes superposées, nous faisions tous partie du même club sélect. 

Tout à coup, j'ai reconnu la voix du Monsieur très âgé. Aidé par l'infirmière-douceur, il s'est installé sur son lit-roulant et a commencé à répondre aux 1001 questions techniques. À un moment donné, le ton de l'infirmière a changé.

- Monsieur Z... Vous êtes sérieux, là?

- Ben oui, Madame La Garde-Malade, si je vous le dis...

- Mais Monsieur Z, il ne fallait PAS prendre vos médicaments contre le diabète...

- Ben c'est pas grave, voyons... j'ai juste pris ceux-là... Ma femme m'a empêché de prendre les autres, parce qu'a disait qu'y fallait pas que je les prenne... Mais si je prends pas ceux-là, je me sens pas aussi bien... Pis je me suis dit, je vais être à l'hôpital, ils vont bien savoir que c'est important que je contrôle mon diabète...

- Mmm... Monsieur Z... on vous avait pourtant donné une feuille sur laquelle on avait s-u-r-l-i-g-n-é les médicaments à ne PAS prendre...

- Mais non... je n'ai pas eu de feuille... Sinon, ma femme l'aurait lue...

- Attendez, Monsieur Z... Vous n'avez pas eu de feuille comme celle-ci, hier? 

- Ah non, je vous jure, ma belle madame... Pas reçu de feuille de même hier... 

- Bon, laissez-moi vous expliquer un peu... Vous savez ce qui se passe, Monsieur Z, quand vous prenez vos médicaments? Ça diminue votre taux de sucre dans le sang. Mais là, vous êtes à jeun depuis hier soir et votre taux de sang est déjà diminué. Et comme vous serez opéré pendant quelques heures et que vous en aurez pour quelques heures de réveil sans manger, votre taux de sucre sera rendu bas. Trop bas... vous comprenez?

- Je comprends... mais c'est si grave que ça? Je ne pensais pas mal faire... 

- Je sais Monsieur Z, vous êtes si gentil... je vais aller discuter avec le chirurgien et je vous reviens.

À cet instant, une autre infirmière est venue me "rouler-couchée" jusqu'à la salle pré-opératoire. 

Je n'aurai jamais su si le vieux monsieur s'est fait opérer.

À mon réveil, j'étais dans un état de tel "rywioyh", que je ne me souviens pas de l'avoir croisé. 

***

À suivre (my god, je ne croyais pas écrire si longtemps sur "si peu"... on appelle ça "dégeler leeeentement du cerveau, hein?) ...


Ma carrière ferme demain!

En effet, c'est demain, à 8h00, qu'un chirurgien me retirera cette saprée pochette biliaire, qui, à défaut de renforcer mes talents en mathématiques, me faisait faire des calculs indésirables (sortez donc Sol de ce corps en même temps! haha) et me causait, oui oui, un stress supplémentaire dans mon train-train quotidien où les wagons débordent déjà! 

***

Attention, attention ! À la météo d'écrivailleuse, je crois qu'on annonce une pluie de jeux de mots intermittente... Parez-vous d'un parapluie, ou d'un parasol... vous êtes, après tout, dans les rayons de Marie!

***

Donc, disais-je, demain matin, je serai libérée de ma carrière de tits-cailloux douloureux et je serai au repos forcé pour les quatre prochaines semaines... Quand je dis repos, les neurones se feront toujours aller à la puissance 1000 (espérons-le), mais le "body" devra guérir SANS manipuler/transférer/déplacer l'enfant qui, de jour en jour, grandit et grossit... Car comme le dit le tit-feuillet post-opératoire, "il faut éviter de soulever plus de 5 kilos pendant au moins les 4 prochaines semaines" et X-Boy... hem, il pèse 25 kilos. 

Ainsi, cela me paraîtra plus que déstabilisant de ne PAS pouvoir effectuer tant de tâches routinières depuis déjà 12 ans... Si la chose était possible et réaliste, je m'exilerais loin loin de la maison pour les deux premières semaines, car ouais, je trouverai ça vraiment difficile de regarder X-Man se dépêtrer avec toutes ces tâches... tâches qu'il devra intégrer dans sa routine de télétravail, qui plus est... 

Mais bon, je pourrai effectuer les tites-tâches qui n'impliquent pas de "forçage" et surtout, je sens que j'agirai à titre de "conseillère en gestion du temps" pour X-Man qui, ma foi, n'était pas disponible quand l'organisation temporelle s'est présentée devant son berceau... Si c'est possible, X-Man sera en retard à ses propres funérailles, c'est vous dire l'ampleur de.

Pour X-Man, le temps est un concept ultra-élastique... mais seulement dans "son" univers... Je n'ai jamais vu quelqu'un être aussi stressé par le temps et perdre autant de temps à justement, se stresser avec ce dernier... Vous me suivez? 

Car X-Man, il n'est pas lent... même s'il est toujours en retard. Il est plutôt surstimulé et affecté par une propension à mettre TOUTES les priorités dans le HAUT de la liste... En langage savant et moderne, on qualifie ce comportement (fascinant au plus haut point) de TDAH. Oui oui, ce fameux acronyme qui définit désormais une trâlée de marmots et d'adolescents et même d'adultes qui, avec respect, ont enfin une meilleure compréhension de leurs neurones surstimulables et surstimulées. 

Bref, X-Man est un splendide représentant de cette catégorie de gens qui ont, à la place d'un seul cerveau, douze mille cerveaux qui réagissent en même temps sous leur boîte crânienne... 

À titre d'exemple? 

Pas plus tard que ce matin, j'étais limite en retard (à cause d'un caca imprévu à changer de la part du garçon!) pour amener ce dernier à l'école... 

Chaque matin, X-Man m'aide à installer le fauteuil roulant dans la minivan, car, si vous n'étiez pas au courant, j'ai, depuis un mois, une joyeuse bursite à l'épaule gauche (résultat de trop de transferts/déplacements d'enfant au fil des ans) et des gestes aussi banals que d'attacher des sangles au niveau du plancher me font grimacer de douleur... 

Bref, ce matin, on sort en même temps sur le balcon, X-Man poussant le fauteuil et moi le suivant avec en mains les clés de la bagnole et mon tit-masque. Avant de tourner vers la rampe d'accès, X-Man freine. Se tourne vers moi. Et ça part :

- Tu as vu, X-Mom? Hier, j'ai commencé à vider la piscine et malheureusement, le bouton de la pompe est bloqué... Il va falloir que j'aille chez Club Piscine pour voir ce qu'ils peuvent faire... car la pompe est neuve et est encore sous la garantie! Et tu vois, j'ai réussi à bien nettoyer la toile solaire et à la plier... d'habitude, je sacre après, mais cette année, ça a été facile... vive la sagesse, hein?

- Hen hen... c'est juste parce qu'on est pressé.

- Hein? Ben oui, je sais.

X-Man recommence à pousser X-Boy et trois pas plus tard, il s'arrête. Je passe à un cheveu frisé de lui rentrer dedans. Il se retourne.

- J'ai un rendez-vous à Verdun cet après-midi. Mais je ne ferai qu'un aller-retour pour apporter des documents, parce que tsé, je ne peux pas rentrer dans la librairie... Je suis tanné de la pandémie... T'as vu dans le journal ce matin, la manif d'imbéciles qui réclament la liberté de ne pas porter un masque? Ils scandent des niaiseries et mélangent tout!!! Franchement, il y avait une pancarte sur laquelle il était écrit, avec plein de fautes, c'est sûr : "Pas besoin de masque, l'amour suffit". !!! Dis ça aux gens qui sont aux soins intensifs... ou à ceux qui ont le sida!!!

- Hen hen... tu peux me parler de ça en marchant, mon chéri?

- Hein? Ben oui... voyons... X-Boy va être en retard...

X-Man se rend jusqu'à la voiture, puis s'arrête. Me regarde et me dit : 

- Tu crois que le voisin a changé de voiture? Ça fait plusieurs jours que ce n'est plus sa Mazda noire, mais une bleue... C'est une belle couleur... mais ça va passer de mode, peut-être... Qu'est-ce que tu en penses? Je regrette encore ma Matrix bleue... si j'avais pu avoir cette couleur sur ma nouvelle auto... Est-ce que c'est turquoise, cette couleur-là?

- Hein??? Ben non!!! C'est bleu-gris... Zéro vert dans cette teinte-là... Coudonc, es-tu nouvellement daltonien?

- Haha... je suis toujours mélangé dans les couleurs... toi tu as des yeux bioniques... voir si la majorité du monde voit qu'il n'y a pas de vert dans cette teinte-là... Comment on fait du turquoise, d'ailleurs?

- !!! Ok... X-Man, je te donnerai un cours sur le cercle chromatique une autre fois... là, il faut "vraiment" que tu attaches X-Boy dans la voiture... 

- Hein? Ben oui... Hahah, je m'excuse!!! Je suis vraiment TDAH, hein?

- Hahah! Oui!!!

***

Fin de l'exemple, car il fallait vraiment que je parte pour l'école avec l'enfant qui, ma foi, avait vieilli d'un an pendant tout ce temps! 

***

Vous comprenez donc un peu mieux le portrait... 

Et ça va me prendre toute une palette de tact et de patience pour assister à tant d'égarements-mignons-malgré-tout et pour que X-Boy arrive à temps à l'école et en revienne chaque soir, avant minuit... 

Hahaha... 

***

Je crois que j'aurai de beaux tableaux à vous présenter lorsque ma carcasse sera disponible à nouveau pour que je pianote sur mon clavier-chéri...

***

D'ici là, je m'en vais m'enlever le vernis à ongles sur les orteils (c'est dans les consignes pré-opératoires), me laver à l'éponge antiseptique ce soir et demain matin et surtout, je m'en vais me calmer les petits nerfs avant, justement, d'aller me faire bourrer la panse de calmants!

***

Ah je ris... de me voir si belle en ce miroir...

Je lâche un peu X-Boy pour réfléchir à clavier haut en cette journée de rentrée scolaire sous le signe de la COVID19...

***

Je ne sais pas si c'est un effet secondaire de la pandémie qui sévit depuis bientôt sept mois, mais je me questionne fréquemment sur les réflexions ambiantes qui abondent, de-ci de-là, dans les actualités et surtout, comme les appelle avec justesse la Bombardier, dans les réseaux "asociaux"... 

Quand je flirte avec les Instagram de ce monde, les fameuses "stories" de Facebook, je suis subjuguée de constater à quel point la "beauté" domine sur le message. (et au fait, y'a-t-il-un-message?) 

C'est moi ou il n'y a plus moyen de présenter une photo ordinaire, sans retouche, sans tites-étoiles dans le contour, sans effet de contrejour ajouté, sans émoji, sans tite-toune-de-circonstante, bref sans blingblingpowpowchikachikawowwow? 

Elle est où, la beauté naturelle? La photo réellement prise sur le vif? La photo-pas-selfie-pantoute, mal cadrée mais juste prise par réel besoin utile pour ses archives de conserver un souvenir? Il est où le respect pour l'image honnête? 

Est-ce qu'en 2020, alors que les femmes sont de plus en plus présentes dans les hautes sphères décisionnelles et entrepreneuriales, il faut encore a-b-s-o-l-u-m-e-n-t se présenter au public sous notre meilleur jour "ever" (car il "faut" utiliser de l'anglais dans nos petits textes... le "big love", le "je te feel" est tellement important...)??? 

Alors qu'un mouvement de femmes, si petit soit-il, revendique le "bra-free", comment se fait-il que les cliniques de chirurgie esthétique roulent sur l'or et que les vingtenaires se botoxent les rides du sourire et du lion parce que "hey, c'est pas vrai que je vais avoir des rides tu-suite, tsé, j'ai une image à conserver"?

Comment se fait-il que lorsque je parcours les Instagraves (haha) et les "stories", quand j'ai du temps à perdre (mais surtout parce que je suis un peu voyeuriste, humanité oblige), je vois des milliers de photos de femmes dans la trentaine et la vingtaine qui se ressemblent toutes, au final?

Où elle est, la singularité? Pourquoi ces femmes ont-elles pour la plupart de longs cheveux de sirène avec des ondulations pseudo-naturelles dans le bas des cheveux? Avec "for sure" un ombré naturel (payé au bas mot 500$ chez un.e coiffeur.euse réputé.e) qui en fait, n'est autre chose qu'un procédé de repousse créé artificiellement, alors que, il me semble, quand on se teint les cheveux, on abhorre le moment où une repousse se pointera dans le décor? 

Pourquoi ont-elles pour la plupart des faux-cils, des faux-ongles, un maquillage savamment appliqué (thanks to you, youtube, without you, i would not survive), un sourire mi-ouvert (il faut appuyer sa langue derrière les dents du haut, ça fournit un sourire mystérieux et sensuel, you know...) et dans d'autres cas, un éclat de rire ultra-calculé, car du fun, on en a TELLEMENT quand on se prend en photo pour la 1231253 fois dans la même heure?

Il est où le temps où, lorsque l'on se rencontrait entre amies de filles, on se parlait SANS se photographier ou se filmer? Sans se mettre en scène? Sans placer les tits-cupcakes achetés chez la pâtisserie sans gluten (car le gluten est l'ennemi # 1 du ventre plat) sur la table au faux-fini de bois de grange ou encore les tapas payés une fortune mais hey, on sait se gâter dans la vie et des petites portions, c'est santé?

Il est où le temps où quand les filles se plaçaient pour se faire photographier, elles ne savaient PAS qu'il fallait être de côté, mettre la main sur une hanche, étirer le cou légèrement vers l'avant pour faire disparaître le double menton et SURTOUT, rentrer son ventre car oh, c'est la première chose qu'elles vérifieront sur leur tit-écran personnel quand la plus vite d'entre elles aura partagé la photo de leur réunion SO PRECIOUS SO PERFECT SO REAL #iloveyougurls #iwillgetthecovidbutidontcarebecauseimsoyoungandpowerful ?!?

Il est où le temps où les filles ne portaient pas toutes les mêmes vêtements parce qu'elles assumaient leur identité et ne se fiaient pas religieusement aux diktats des youtubeuses et des #occupationdoublewannabe?

Il est où le temps où les filles faisaient du sport dans un but personnel et non pour se montrer le mollet bien galbé parfaitement hâlé sur leur planche de paddleboard gossée par un ébéniste au look androgyno-lumberjack? 

Il est où le temps où l'on n'était PAS au courant que notre voisine avait couru 4 km aujourd'hui, même sous une température de 38 degrés à l'ombre et même si elle avait une déchirure du ligament qui lui était arrivée lors de son dernier bootcamp dans un lieu #topsecretmaistellement"in"?

Il est où le temps où l'on pouvait ne PAS être toujours dans un état de #purbonheur, #vierêvée, #mesamiessonttoutemavie, #laperfectionexiste (et est commanditée)???

***

Vous savez quoi? Dernièrement, j'ai osé critiqué de vive voix, par simple curiosité, des personnes qui s'affichent ainsi sans retenue sur les réseaux sociaux... J'ai osé les questionner à savoir pourquoi? pour qui? dans quel but? elles faisaient la promotion malsaine (selon moi) de l'image de la fille trop en forme, trop bien entourée, trop bien coiffée en tout temps, trop maquillée? 

Et qu'est-ce que j'ai reçu comme réponse?

Que contrairement à elles, j'étais à 100% dans le jugement. 

Que ces filles, elles, ne jugent JAMAIS les autres. 

(C'est moi où quelqu'un qui scande ne JAMAIS juger est assurément dans le jugement total, car en train de juger ceux qui jugent? Héhé, je préfère mon honnêteté et dire que oui, je juge avec un certain bonheur intellectuel chiant, permettez-moi de vivre...)

Elles ne "sont pas là-dedans". Comme elles me l'ont répété : "elles ne vont pas là"...

(Avez-vous remarqué que dernièrement, ces expressions sont utilisées à toutes les sauces? Moi j'appelle ça de l'évitement. Du politically "ta yeule, on ne veut pas se faire déranger dans notre monde de licornes".)

Eh bien moi, j'ai eu envie "d'y aller, là"... De me lever le féminisme et de montrer un peu les dents. 

Si l'on n'a plus le droit de confronter, de questionner, de créer des débats, des discussions, des émois, des colères, des désaccords, des chocs d'idées et de valeurs, que deviendra-t-on?

Nous deviendrons la société actuelle.

Une société où la moindre critique est un désaveu. Où les opinions négatives ne sont que le reflet de frustrations personnelles. Où l'indignation domine la réflexion. Où la fermeture s'abat sur l'ouverture d'esprit...

Si les femmes d'aujourd'hui veulent se faire entendre, il faudra qu'elles utilisent des mots. Les bons, les plus forts, les plus adéquats. 

Et l'avantage avec les mots, c'est qu'on ne peut pas les maquiller ni les photoshoper...

Quoique si... car si l'on constate les évolutions du vocabulaire, les mots sont rendus des armes... 

Qui ose dire, de nos jours, sans risquer le bûcher, qu'une personne est naine? Qu'une personne est sourde? Qu'une personne est une secrétaire? Que Nathalie Petrowski avait raison de chiâler?

***

Je regarde les mouvements sociétaires prendre naissance ces temps-ci et ça me fout les jetons...

La culture de l'image, la culture de la dénonciation sans preuve, la culture du "personne n'est perdant" ne permettent pas, et c'est mon opinion, à une société de se construire un avenir solide et rassurant... 

Quand je regarde comment, dans les musées, en littérature, au cinéma et même dans les lieux publics, on sabre dans les mémoires pour les remplacer par du "zéro blessant", je trouve qu'on blesse la plus belle partie de l'humain.

Soit sa liberté.

Sa parole.

Sa nature.

L'essence même de sa distinction.