Lorsque mon Chevalier-X-Man est apparu au bout de la salle d'attente, mon coeur s'est remis en marche... C'était comme dans une télénovela ultra-quétaine... il m'a semblé si beau, si fort et son odeur est venue titiller mes narines avec délicatesse. C'est moi où il y avait de la **musique classique dans les haut-parleurs à ce moment-là?
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Le Dilaudid est une drogue fabuleuse, si on isole carrément ses effets secondaires nauséatoires...
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Il poussait lentement un fauteuil roulant vide - mon carrosse noir de jais - et venait me délivrer des dragons qui rôdaient sous forme de microbes dans cette pièce remplie de sons de torture et de désolation.
(Vous êtes encore là? Ouf!).
Quand il s'est penché vers moi pour me saluer, j'ai dit :
- Franchement, X-Man... c'était bien long, ton affaire!.. Tsé, on reste à 5 minutes... c'est quoi, t'avais pas taillé la haie de cèdre avant mon retour et ça ne pouvait pas attendre?
Il est resté coi. Et m'a souri.
Dans ma tête, ça hurlait au drame. Comment pouvais-je être aussi merdique oralement alors que dans mon coeur, ça hurlait des remerciements, des "je suis tellement contente que tu sois là, tu es tellement attentionné!".
Je me suis mise à pleurer. Tristement. Avec ce grand sentiment de culpabilité mêlé à une telle confusion.
- Je suis arrivé tout de suite, X-Mom... Tu es juste tannée d'être ici... Et ça se comprend...
Il a chuchoté :
- Non mais, tu as vu tout autour? C'est pas la grande joie comme ambiance, hein?
J'ai cessé de pleuré et l'ai regardé droit dans les yeux pour le remercier en silence. Ça a fonctionné.
- Allez, X-Mom, installe-toi dans le fauteuil et je te ramène à la maison.
- ...
- X-Mom... tu peux te lever pour t'asseoir dans le fauteuil?
- ...
- X-Mom... tu veux que j'appelle l'infirmière? Tu es bizarre... Pourquoi tu ne bouges pas? Tu ne peux pas bouger?
- Oui. Je peux bouger.
- Ok... et tu peux t'asseoir dans le fauteuil?
- Oui.
Les minutes se sont écoulées... et j'ai posé la question obligatoire.
- Quand je m'assois dans le fauteuil, au juste?
- De quoi, "quand je m'assois dans le fauteuil"?!..
- C'est quand, le bon moment?
- Hein? Ben... euh... maintenant?
- Ok.
Et je me suis levée debout.
- Ok, X-Mom... tu as réussi à te lever... qu'est-ce que tu attends au juste?
- Je ne sais pas.
- Euh... même X-Boy est plus facile à asseoir que toi. Héhé.
- Héhé.
Quelques secondes se sont écoulées.
- Bon, mets-toi de dos pour t'asseoir, X-Mom... sinon ça ne fonctionnera pas!
- Ok.
- Et tu attends quoi? Je ne te suis pas, là...
- Quand je me mets de dos?
- Hein? On est-tu dans un mauvais film ou quoi? De quoi, "quand"?!? Maintenant!!!
- Ok. Je me tourne de dos.
Et là, j'ai réussi à lui expliquer que mon cerveau avait BESOIN de savoir QUAND "tout" faire... c'est comme si j'avais un bogue dans la logistique positionnelle, quoi.
- T'es sérieuse-là?
- ...
- Si tu le dis. Alors, tu peux t'asseoir "maintenant".
Et je me suis assise dans le fauteuil. Il s'est agenouillé pour m'enfiler mes bas et mes chaussures (j'étais Cendrillon sans la robe chic ni les belles-soeurs acariâtres) et j'ai été charmée... Quoique quand j'y repense, c'était clairement plus rapide que de me le demander!
Je lui ai expliqué qu'il fallait se rendre à la pharmacie pour aller chercher les médicaments pour soulager mes douleurs, ce à quoi il a répliqué :
- D'accord... et tu peux rester seule à la maison pendant que j'irai?
Je me suis mise à pleurer comme une gamine.
- Ok... tu resteras dans la voiture... je ferai ça vite... Bon allez, direction les ascenseurs.
Devant nous, la porte d'ascenseur s'est ouverte et ce dernier était rempli. Rempli de gens tous en état de marcher. Personne en poussette ou en fauteuil dans le champ de mire. J'ai soupiré fortement. X-Man aussi.
Quelques minutes plus tard, l'ascenseur s'est rouvert la gueule pour nous dévoiler, encore une fois, tout son contenu "limité à 5" de marcheurs en pleine forme. X-Man a soupiré. Et j'ai sèchement dit :
- BEN LÀ!!! C'est pas vrai!!! Y'a des gens qui se prennent pour des princesses ici, c'est clair!!!
Et je ne parlais pas de moi... quoique à chaque pas que X-Man faisait, j'entendais de la musique médiévale résonner...
- C'est CLAIR qu'y en a parmi vous qui êtes capables de m-a-r-c-h-e-r... contrairement à moi, tsé!!!
Le malaise s'est rapidement installé dans la cabine. Deux personnes sont sorties en courant - je devais faire peur avec ma chevelure semi-trempée-pour-cause-de-débarbouillette-humide et mon teint de Blanche-Neige-sans-la-beauté-incluse-ni-les-sept-nains...
Les trois autres personnes se sont excusées et se sont tassées vers le fond de l'habitacle pour nous laisser la place. J'ai entendu X-Man rire discrètement. J'avais la jauge à patience à zéro... et ça sortait sans filtre. Woah.
Une fois dans l'entrée de l'hôpital, j'ai balancé mon masque dans la poubelle tout près de la sortie. Finie la prison buccale. X-Man a fait de même et une fois rendus sur le trottoir qui menait à la voiture-transformée-en-Ferrari-pour-l'occasion, se trouvaient des obstacles.
Le premier devant nous, un jeune humain au cellullaire-tatoué dans la main qui, de toute évidence, n'avait PAS l'intention de se tasser pour nous laisser passer. Je le lui ai fait savoir, oh que oui.
- C'est ça, bravo imbécile! Pas moyen que tu lâches ton estie de téléphone pis que tu regardes autour de toi pour voir si tu déranges, hein? Tasse-toi pas, pauvre con.
X-Man a roulé plus vite. Allez savoir pourquoi.
Encore sur le trottoir, un deuxième obstacle. En effet, il y avait un fauteuil roulant "vide" qui avait été laissé en plan, de toute évidence.
- Tasse-ça de d'là, X-Man.
- Ben non... quand même... je vais aller le rapporter à l'hôpital.
- Hey, laisse faire la galanterie pis tasse ça... j'ai mal au coeur pis je m'endors, faque...
X-Man a délicatement rangé le fauteuil vacant sur le bas-côté et a continué à marcher doucement.
- Coudonc, t'es stationné à Warbush? Ça te tentait pas d'être proche de la porte?
- X-Mom, je ne pouvais quand même pas demander à tout le monde de quitter l'espace "devant" l'hôpital pour toi... t'es un peu pas mal princesse, là...
Il avait tellement raison. J'étais la Princesse-des-diamants-biliaires... Dommage que personne n'avait été mis au courant...
***
Après plusieurs minutes à comprendre "quand" je pouvais m'asseoir dans l'auto, nous sommes partis en direction de la pharmacie. J'ai dormi tout le long du court trajet qui nous séparait et de la pharmacie, et de la maison.
À quelques mètres de notre cour, je me suis écriée:
- OH!!! X-MAN!!! Ne l'écrase pas, please!!!
X-Man m'a regardé, hébété.
- Tu as VU l'écureuil qui traversait?!? T'es vraiment bizarre...
Franchement, la Princesse-aux-diamants-biliaires était réputée pour son grand amour pour la bestiole animale... tssss.
Quand nous avons stationné la voiture dans notre cour, nos voisins sont immédiatement sortis sur leur balcon avant. De vrais bons parents... Ils se sont tout de suite informé de mon état et Super-Voisin a proposé à X-Man de me veiller le temps que ce dernier aille récupérer le Prince-des-pierres-rénales (oui) à son école.
En rentrant dans la maison, je me suis remise à pleurer... J'étais gênée d'avoir l'air aussi moche... de marcher comme une vieille sorcière de 13325 ans et de ne pas être capable d'être de bonne humeur...
Super-Voisin, avec son sourire tout doux, m'a aidée à m'installer dans le sofa et s'est mis à me rassurer.
J'ai retrouvé un peu mon calme. Et lui ai demandé de me parler de son patio, question de me changer les idées... Ça a fonctionné à 100%! Moi, tu me parles de clous, de bois pis de commandes qui n'arrivent pas à temps à cause de cette foutue COVID et je me retrouve dans un feuilleton de construction!
X-Man est rentré au bercail avec X-Boy - tout de sourire vêtu - et Super-Voisin nous a laissé en famille.
***
La suite fut remplie d'un dégobillage en règle dès les premières gorgées d'eau avalées, de larmes bien sincères concernant des douleurs jusque là inexpérimentées et de quelques prises de calmants et d'anti-inflammatoires...
Telle la Princesse au bois dormant, j'ai roupillé nombre et nombre d'heures pendant les jours suivants...
À chacun de mes réveils, Prince-X-Man était là, le regard attendri.
Il m'apportait mes médicaments, replaçait ma couverture, plaçait un oreiller sous mes genoux, m'aidait à me relever et il m'a même avoué, que les deux premiers jours, il venait voir si je respirais à chaque heure... Parce que paraît-il, je ne bougeais pas d'un iota. Et ma respiration était totale silencieuse.
Il faut croire que j'avais besoin de cette immobilité.
De ce silence aérien pour me relever.
Et redevenir X-Mom, sans couronne de princesse...
ni diamants biliaires désormais.