Une fois amenée dans la zone d'attente, juste avant le bloc opératoire, je me suis surprise à avoir des petits tremblements de nervosité... Vous savez, ce sentiment que le coeur bat plus vite, que le souffle se fait un peu plus court, cette soudaine envie de peut-être s'en aller discrètement? Juste partir en douce, faire comme si on n'avait jamais eu besoin d'une telle chirurgie?
Mes angoisses se sont rapidement dissipées quand j'ai entrevu, devant mes mirettes, un homme d'un certain âge, allongé dans son lit "d'attente" et qui toussait fortement. Un anesthésiste est venu le visiter, a fermé le "rideau" qui doit, soit disant, procurer une intimité (mais c'est pas coupe-son, un rideau, hello!!!) et lui a posé une batterie de questions. Les réponses du Monsieur, bien qu'il ait adopté un ton jovial, étaient on ne peut plus anxiogènes pour la petite hypocondriaque que je peux être, surtout en tite-jaquette d'hôpital frette...
Ayayaye, cet homme avait subi une pléthore de chirurgies, portait un "pacemaker" et se targuait de n'avoir JAMAIS eu de nausées après une anesthésie. Il riait de cette "force", le bonhomme... alors que je me disais... ouais, ben ce n'est pas mon cas... Moi, on me parle d'anesthésie et j'ai un haut-le-coeur automatique. Chacun ses forces, hein?
Les minutes se sont lentement écoulées (je n'avais pu apporter mon livre dans cette zone) et le chirurgien est venu à ma rencontre. Derrière son masque, je ne pouvais voir son sourire, mais ça s'entendait. Pourtant, quand on m'avait parlé de ce chirurgien, on m'avait mentionné qu'il était zéro sympathique/expéditif/ultra-compétent. Mais voilà qu'il était d'une gentillesse... J'ai peut-être la nausée facile, mais aurais-je un talent d'être mignonnette, même en jaquette-lette? Tout est possible.
- Bonjour X-Mom. Je suis content de vous rencontrer... je préfère voir mes patients que de leur parler au téléphone, mais bon, avec la COVID...
- En effet... on doit s'adapter...
- Alors, je viens pour vous dire que mon équipe est prête et que vous serez opérée à 10h15, comme prévu. Comme votre échographie révélait une pierre très nette, la chirurgie sera facile. On prévoit une heure, une heure quinze. Vous pourrez quitter dès que vous serez bien réveillée. Au fait, vous êtes toujours mère à la maison?
- Oui.
- Je suis jaloux.
- !!!
- Oui, c'est exactement là où je voudrais être avec ma femme et mes enfants en ce moment... et surtout pour les mois à venir... Car vous ne pouvez pas deviner à quel point ce sera dramatique dans le milieu hospitalier dans les prochains mois...
- !!!
- Vous voulez un conseil? Restez le plus possible à la maison. Faites-vous une vraie bulle et lavez-vous toujours les mains...
- C'est noté. Mais avec fiston qui est handicapé, on est "déjà" des maniaques du lavage de mains...
- Eh bien, c'est une bonne habitude. Allez, on se revoit au bloc opératoire!
Et il est parti, me laissant seule avec mon hypocondrie covidienne qui venait, ma foi, de reprendre beaucoup de place dans mes neurones... Ark-e. Si un chirurgien nous dit ça, c'est inquiétant, non? En tout cas, ça m'a presque fait oublier que j'allais me faire zigouiller le bide...
***
Un brancardier est venu me chercher et a roulé mon lit jusqu'au fameux bloc opératoire. C'était comme dans un film. On me roulait dans un long corridor et je voyais le plafond blanc défiler. Puis, au-dessus des grandes portes hermétiques qui s'ouvrent automatiquement étaient inscrites les lettres suivantes en noir sur blanc : "Bloc opératoire. Personnel autorisé seulement.". Et le grand vertige m'a assaillie.
On m'a roulée jusqu'à ma future table d'opération, située au centre de trois méga-spot aveuglants et fascinants à la fois. J'ai vu deux ou trois infirmières s'affairer à rapprocher le matériel. Puis, on m'a demandé de me glisser doucement sur la table qui, ma foi, était si peu large que je me demandais réellement où mettre mes bras...
À cette question est arrivée rapidement une réponse technique; une infirmière a fait apparaître d'où je ne sais où des plates-formes longilignes et rectangulaires qu'elle a installées, en croix, de chaque côté de la table d'opération. Elle a saisi adroitement chacun de mes bras et les y a installés pour ensuite les recouvrir de lourdes couvertures chaudes et confortables. Une autre infirmière a également recouvert mes jambes avec une autre couverture lourde et tout aussi chaude. J'ai souri en me disant que "c'est ça, ils nous amadouent avec un traitement "type spa" avant de nous bistouriser..."
L'anesthésiste s'est pointé au-dessus de ma tête. Regarder quelqu'un tête-bêche est toujours fascinant.
- Bonjour X-Mom. Vous êtes prête?
- Mmm. Telle une scoute...
- Hahaha, vous avez de l'humour, vous?
- Il paraît...
- Et vous avez des allergies?
Je n'ai pas eu le temps de répondre qu'il a saisi mon poignet de sous la couverture pour y découvrir THE bracelet médical indiquant toutes mes allergies. Il a sursauté et lâché:
- Oh boy!! Dites-moi... ils auraient pu vous en remplir un autre tellement vous avez de médicaments inscrits là-dessus!!! On a affaire à un beau cas ce matin!
- En effet... je suis contente de vous rencontrer "avant" que vous m'endormiez, car disons que j'ai une forme légère de narcolepsie également... J'ai une hypersomnie diurne, donc vous pouvez imaginer que je ne me réveille pas facilement... surtout pas si l'on me donne un somnifère ou du "gros stock"... Est-ce qu'il y a un moyen de ne "pas trop m'endormir"?
- Je vais veiller à ce que l'on donne la dose minimale requise, ne vous inquiétez pas... Bon, allons, montrez-moi vos veines.
Je n'ai pas eu le temps de répondre qu'il s'est exclamé :
- Eh boy, X-Mom!!! Vous n'avez pas de veine en plus?
- Pas de veine, hein?
Tout le personnel a rigolé. Était-il seulement poli, car on s'entend que côté blague, c'était limite sous-sol... Hahah.
Il a tapé d'une bonne force mes veines pendant un beau gros 4 minutes puis une infirmière m'a installé un masque à oxygène pour me remplir les poumons d'air pur, justement, avant de m'envoyer dans les bras de Morphée.
J'ai entendu l'anesthésiste s'exclamer glorieusement "J'ai une veine, donnez-moi vite mon..." puis Zzzzz. Plus personne ne répondait à l'appel de mon côté.
Du gros sommeil lourd.
***
Après la chirurgie, mes souvenirs sont plutôt épars. Je me souviens m'être réveillée dans la fameuse "salle de réveil" et d'avoir répondu à la question "votre douleur se situe à quel niveau sur une échelle de 1 à 10" en pointant le ciel avec mon bras droit. Ensuite, je me souviens d'avoir dit, très inquiète :
- Excusez-moi... est-ce que c'est normal d'avoir aussi mal?
À cette question, une infirmière m'a répondu gentiment : "Oui, X-Mom. C'est normal. On vous a donné un calmant, ça ira mieux dans quelques minutes".
Et je me souviens d'avoir répété la question au moins cinq ou six fois... C'est fou ce que j'avais besoin de me sentir "normale"... à défaut de l'être tous les autres jours de ma vie!
***
Ensuite, je me suis réveillée dans "mon spot" d'attente du matin, là où tous les autres patients opérés - ou en attente de - se trouvaient aussi.
Quand une première infirmière s'est approchée de moi, elle s'est exclamée :
- Ah ben, enfin!! Hey vous là... ça fait 2h30 que vous êtes revenue et vous n'avez JAMAIS ouvert un oeil... c'était écrit dans votre dossier que vous étiez difficile à réveiller, eh ben c'était vrai...
Je dois avoir souri. Me souviens plus.
- Madame l'infirmière... j'ai mal au coeur. Mais VRAIMENT mal au coeur...
Elle restait là, à me regarder.
- Je pense que vous ne comprenez pas bien... J'ai BESOIN d'un plat, une poubelle, une piscine en plastique, je ne sais pas quoi, mais je VEUX quelque chose pour vomir dedans, là là!!!
Elle s'est lentement étiré le bras vers la table de "chevet" pour me donner un petit sac-à-futur-vomi qui s'y trouvait.
- Juste ÇA?!? Vous croyez que ce sera suffisant??? Je pense que vous ne savez pas ce que c'est, quand je dis que j'ai envie de vomir...
Elle est repartie. De même.
Une autre infirmière, plus compréhensive, est venue à ma rencontre, alors que j'avais retiré mon masque (oui) pour "vomir" bientôt...
- X-Mom... vous avez mal au coeur?
- C'est clair, non?
- Oui... on ne peut pas vous donner du Gravol, à cause de votre hypersensibilité et votre hypersomnie... On doit vous donner du "gahwtyrhyerh" (aucune idée du nom), mais le chirurgien n'a pas fait la prescription...
- Ok... c'est pas simple là... Ben ça ne me dérange pas, si vous ne me donnez pas votre super-médicament, je vais juste vomir tout le reste de l'après-midi...
Et je me suis mise à pleurer, telle une gamine... car je ne voulais pas être bête, mais je me sentais telle que.
- Madame l'infirmière... je n'aime PAS ça, avoir mal au coeur... je n'ai PAS envie de vomir TOUT l'après-midi... vous pouvez téléphoner au chirurgien?
- C'est ce qu'une collègue est en train de faire, X-Mom... Mettez cette débarbouillette froide derrière votre nuque et celle-ci sur votre front. Ça va vous aider...
J'ai exécuté ces deux petits gestes et quelques secondes plus tard, la prescription avait été reçue et on me donnait le "gahwtyrhyerh" et zou, la nausée est disparue. Fiou.
***
L'infirmière-zéro-compréhensive est venue quelques minutes plus tard pour déposer un sac jaune rempli de vêtements sur mon lit.
- Heu, non.. ce n'est PAS mon sac de vêtements...
Bêtement, elle m'a répondu:
- Bien sûr que si, X-Mom.
Bêtement, j'ai répliqué:
- Bien sûr que non. C'est le sac de la fille d'en face. Elle s'appelle X-Mom M-I-NET et moi, c'est X-Mom M-A-NET... vous saisissez la nuance?
- Non non non. C'est VOTRE sac.
- Non!!! Franchement, vous savez lire?
J'ai voulu ravaler ma bêtitude, mais bon, mon corps était occupé ailleurs... Grmblgr. Même "gelée", on ne me la fait pas, l'erreur de lecture, bon.
Elle a pris l'étiquette du sac jaune dans ses mains et a lu à voix haute :
- X-MOM M...i... net... Ben voyons, sont donc bien perdus, là-bas.. ils ne m'ont pas donné le bon sac, ça se peut-tu!!!
Elle a empoigné le sac avec colère et l'a déposé sur le lit de la "bonne patiente" qui, comme moi, avait franchement la nausée et demandait depuis des lustres, de l'aide pour aller à la toilette...
***
Tout autour de moi, grâce aux rideaux d'intimité (?), j'ai assisté au concert des plaintes et râlements des patients en post-op... Ça geignait, ça pétait (oui oui!), ça vomissait, ça pleurait, ça sacrait même, au bout de la pièce... Un grand gaillard à l'allure franchement zéro avenante aboyait dans son cellulaire... Il se plaignait "d'avoir été opéré tabarn... par des criss... d'ost... d'incompétents" et il voulait partir "là, côôôôliss... avant de péter des yeules!!!"...
Avais-je été rude avec l'infirmière? Mmm... je me suis donnée, à ce moment, une médaille mentale de doucerosité.
***
Vers 15h00, une infirmière franchement joviale est arrivée à mes côtés pour m'annoncer que je pourrais quitter très bientôt puisque tout allait bien de mon côté. Elle m'a demandé gentiment de m'asseoir lentement pour que je "reprenne vie" un peu...
Elle me regardait. Je ne bougeais niet.
- Alors, X-Mom... vous pouvez vous asseoir?
- Peut-être. Je ne sais pas.
- Vous pouvez essayer?
- ...
- X-Mom... il faudrait que vous vous assoyez.
- ...
- X-Mom... vous asseoir... vous êtes correcte? Vous m'entendez?
- Hein? Oui...
- Alors...
- Alors quoi?
- Vous vous assoyez?
- Quand?
- Comment ça, "quand"?
- Quand est-ce que je m'assois?
- Maintenant, X-Mom. Vous pouvez vous asseoir maintenant.
- Ok.
J'ai tenté de m'asseoir à une vitesse "normale", ce qui m'est tout de suite apparu impossible. La douleur ne s'expliquait pas. Mais j'ai réussi. Et me suis mise automatiquement à pleurer.
- Ça ne va pas, X-Mom?
- Ça tourne un peu. J'ai vraiment mal.
- C'est normal, c'est pour ça que je veux être là quand vous vous assoyez la première fois...
- Merci... vous êtes vraiment gentille.
- De rien, c'est mon travail... Je vais vous expliquer les consignes à suivre pour votre retour à la maison. Vous êtes capable de m'écouter?
- ...
- X-Mom.. Vous pouvez m'écouter?
- ...
- X-Mom... Vous êtes trop étourdie?
- Non.
- Vous pouvez comprendre mes consignes?
- Oui.
- Je vais vous lire les deux feuilles.
- Ok. Quand?
- "Quand" quoi?
- Quand est-ce que vous lisez les consignes?
- Là, maintenant.
Et là, j'ai pigé... Mon cerveau "gelé" faisait une fixette de précision e-s-s-e-n-t-i-e-l-l-e sur le moment d'agir... Des heures de plaisir en vue. L'infirmière a semblé piger en même temps que moi ce mode de fonctionnement neuronal post-op.
- D'accord, X-Mom. MAINTENANT, vous écoutez ATTENTIVEMENT mes instructions.
Et elle m'a tout déballé les infos nécessaires à ma bonne survie. J'ai TOUT écouté.. ai-je TOUT retenu? Niet. Mais c'est pour ça que tout était "écrit" sur les deux feuilles qu'elle m'a demandé de plier et de mettre dans mon sac à mains.
Et la bal du "quand" a repris. Elle m'a demandé de m'habiller et elle a dû, sans blague, me dire toutes les étapes une à une, et surtout dans le "maintenant" afin que je puisse quitter ce lieu vêtue correctement.
Une heure plus tard, littéralement, elle a pu contacter X-Man pour qu'il vienne me chercher.
***
Alors que je m'étais réallongée en attendant que X-Man arrive, le chirurgien est apparu devant mes yeux.
- Rebonjour X-Mom!
- Ah, Monsieur le chirurgien... je suis contente de vous voir... Alors, ça a bien été si je me réveille aussi vite et que je peux repartir aujourd'hui!
- Ça va bien "maintenant"... (tiens, tiens, un mot-chouchou!!!) mais je dois vous avouer que ça a été plus difficile que prévu... En fait, X-Mom, vous aviez un problème d'anatomie...
- D'anatomie?
- En effet. Je n'avais jamais vu ça dans toute ma pratique... En fait, oui, mais dans la littérature seulement... Et ça a compliqué beaucoup l'intervention... Mais par chance, on a tout bien réussi... Vous êtes un cas bien spécial...
- Vous n'êtes pas le premier à me le dire... Mais là, jusque DANS mon anatomie.. et qu'est-ce que j'avais au juste? Trois vésicules? Deux testicules?
Il a rigolé. Moi aussi.
- Non... en fait, vous voyez, la vésicule est reliée au foie par un canal. Pour faire un exemple simple, admettons que le canal mesure en général 10 cm... Eh bien, le vôtre, il en mesurait moins de 1 cm... Ce qui fait que votre vésicule était carrément "collée" sur votre foie et que pour la retirer, on n'avait pas d'espace de manoeuvre... On a eu très peur de percer le foie, mais ça n'est pas arrivé. Et on a eu toute une surprise. Derrière votre vésicule, il y avait une grosse veine super importante qui ne passe PAS là d'habitude... par chance qu'on l'a aperçue avant de l'accrocher... et aussi, saviez-vous que vous saignez vraiment facilement et beaucoup? Aussitôt qu'on vous touche, vous saignez... vous en avez perdu une certaine quantité, environ 1/4 de tasse... ce n'est pas énorme, mais dans une opération comme celle-ci, c'est rare...
- ...
- Mais ce qui est important, c'est que je sois satisfait de mon intervention... Et il était temps que vous veniez me voir, car ça aussi, c'est rare, mais la paroi de votre vésicule était vraiment très mince... comme si vous aviez 90 ans... Votre vésicule aurait pu éclater et ça aurait été très dommageable... Vous avez eu de la chance de faire des pierres à ce moment-ci...
- Wow... c'est quelque chose... Euh... je ne sais pas trop quoi dire... En fait, merci? Je vous remercie pour tout...
- De rien... c'est mon métier... On se reverra dans quatre semaines, en personne, cette fois, car je dois voir la guérison de vos cicatrices... À bientôt et reposez-vous.
Il est parti et j'ai réfléchi à tout ça tranquillement.. de tout façon, l'option "vite" ne faisait pas partie de mes neurones...
J'étais "chanceuse" d'avoir fait des pierres?
Mes pierres auraient donc été des pierres précieuses?
J'ai donc produit du diamant vital?
***
Je me suis fermée les yeux sur cette réflexion de conte de fées...
***
En attendant que, quelques minutes plus tard, mon chevalier-X vienne me délivrer de cette forteresse aseptisée...
T'es vraiment pas banale toi!!!!! Faut toujours que tu fasses exception, même de l'intérieur, hahaha! Maintenant que nous savons que tu avais des pierres précieuses dans la vésicule, c'est presque assuré que tu as un coeur en or aussi! BizouXXX Remets-toi bien et essaies d'être un " peu " normale...
RépondreEffacerOh, la belle métaphore ici... bon, je ne sais pas si j'ai un coeur en or, mais je mérite une médaille d'or pour toutes mes irrégularités insoupçonnables! Hahaha! Je me repose, je me repose... pour ce qui est d'être un peu normale, hem... faudrait en parler à ma génétique! ;)
EffacerEn effet, quel génétique! Mettons que le post-opératoire de ma belle-soeur Hélène et le tien, ça a rien à voir! 2 jours plus tard, fallait la retenir, genre tondeuse, ménage et promenade dans les bois (58 ans)
RépondreEffacerAlors, profite de ces vacances forcées pour bien récupérer ma petite princesse aux petites pierres ( et non au petit pois ) XXX