Ça y est! Mon dos s'est peu à peu déplié de sa courbette post-opératoire et je peux désormais déposer mon séant sur la chaise ergonomique... et pianoter telle Schubert (!) sur mon clavier qui, au fil du temps, est en train de devenir un piano que de notes noires remplies...
En effet, les inscriptions blanches délimitant les lettres s'effacent... Par chance que je possède mon doigté, sinon vous auriez droit à du "rywioyh à l'infini"! pouahahah!
***
Parlant de "rywioyh", voilà un mot qui résumerait assez clairement l'état second dans lequel je me suis retrouvée à mon réveil de cette gentille opération...
Allez, foule en délire (!), je vous raconte mon périple hospitalier.
***
Mardi matin, la routine pré-scolaire de X-Boy s'est déroulée rondement. N'ayant pas le droit de festoyer aux céréales pour célébrer mon réveil comme chaque matin, j'avais une zone de temps supplémentaire pour m'occuper du gamin et de tout le toutim. Ce qui a allégé la tâche de X-Man et nous a permis, oui oui, de nous retrouver tous les trois bien en avance devant l'hôpital afin que seulâbre, je m'y rende le coeur rempli de non-hâte et de tite-peur fatigante.
Je suis donc entrée, masquée et zéro-confiante dans cette zone spatio-temporelle où l'aseptisation semblait faire aussi partie du modus operandi de la secrétaire-soldat chargée de l'accueil (!) des patients.
Bien terrée derrière son plexiglas, Bouledoguette n'a pas daigné lever les yeux vers ma douce binette. J'ai donc poussé la joyeuseté ainsi :
- Bon matin!!! Mon nom est X et j'ai rendez-vous à 8h00 pour une ablation de la vésicule biliaire !
Derrière le plexiglass, une main s'est pointée lourdement pour se retrouver dans l'interstice où, la main l'exigeait, j'allais docilement glisser:
- Vos-deux-cartes-svp-ensuite-vous-allez-vous-changer-et-mettre-une-jaquette-de-face-que-vous-attachez-dans-le-dos-et-ensuite-une-jaquette-de-dos-que-vous-attacherez-de-face-comme-une-robe-de-chambre-pour-cacher-l'ouverture-au-dos-et-vous-enlevez-TOUT-puis-vous-mettez-les-pantoufles-bleues-vous-mettez-tous-vos-articles-dans-un-sac-transparent-jaune-et-vous-revenez-vous-asseoir-dans-la-salle-d'attente-avec-le-formulaire-à-remplir-que-voici.
Je me suis demandée si elle allait respirer un jour... ou encore mieux, me regarder et ouuuuh, me sourire? Non. Je pouvais toujours rêver.
Délestée de mes deux cartes, je me suis dirigée vers le corridor, à la recherche du parfait-tit-kit-d'hôpital.
Sur une grande étagère se trouvaient des piles de jaquettes retenues par des attaches de plastique. Pouvais-je prendre "mes" jaquettes dans ses piles bien droites? Devais-je "défaire" les piles? Si c'est écrit "X-Large" sur la pile la plus à droite, est-ce que ça veut dire que la pile la plus à gauche contient des "Small"? Il n'y avait rien d'indiqué. Q
Quelques jaquettes traînaient dépliées de-ci, de-là. Il y avait des dizaines de pantoufles bleues éparses... ces dernières étaient-elles propres?
J'avais beau regarder autour de moi, il n'y avait personne à l'horizon pour m'expliquer en quelques mots la bonne marche à suivre. Peut-être suis-je la seule à aimer que les choses soient claires, mais j'aurais aimé retrouver, ne serait-ce que sur un mur, une affichette avec les consignes pour "bien choisir" mon futur accoutrement vestimentaire.
Et c'est n'était point pour être coquette, n'ayez crainte, mais plutôt pour éviter de taponner à outrance des matériaux poreux alors que, ce me semble, nous sommes planétairement en situation critique de propagation virale...
Alors que je tergiversais en silence devant les piles de jaquettes, une patiente est sortie du petit vestiaire avec en ses mains, son fameux sac jaune rempli de tous "ses effets personnels". Elle m'a souri.
- Vous cherchez vous aussi quelles jaquettes et quelles pantoufles prendre, hein?
- En effet!!! Disons qu'à l'accueil, les infos n'étaient pas faciles à soutirer..., ai-je murmuré.
- C'est tellement troublant... tsé, on arrive ici déjà tellement nerveux et on devrait tout savoir?
- Je suis contente de voir que l'on partage la même opinion..., lui ai-je répondu en brève conclusion.
Cette gentille patiente m'a suggéré de prendre des jaquettes dans la pile de gauche (mon instinct était bon? Hou!) et m'a indiqué l'endroit où se trouvaient les sacs jaunes. Je l'ai remerciée, je suis allée me transformer en super-héroïne-de-la-future-opération et je suis retournée dans la salle d'attente pour remplir mon formulaire.
À l'accueil, s'est présenté entretemps un homme très âgé qui marchait à la vitesse escargot. Il traînait ses chaussures sur le sol et ça m'a fait sourire. Car on voyait bien que jadis, cet homme avait assurément eu une saprée énergie. Une fois devant Bouledoguette, il s'est exclamé avec sa voix usée, mais joyeuse:
- Ben rebonjour vous!
Bouledoguette a trembloté du couvre-chef, mais sans lever les yeux. Peut-être avait-elle une malfonction occulo-musculaire? Tout est possible, vous savez.
- Bonjour-Monsieur.
- Je suis de retour! J'étais venu hier, mais on a annulé ma chirurgie! Héhé! Mais là, cette fois, c'est la bonne!
J'ai eu envie de chouiner. Moi, les personnes si âgées qui ont encore cet humour, cette envie de rigolade, ça me touche direct au coeur. Pourrait-il faire fondre un peu l'iceberg cardiaque de Bouledoguette? J'ai lâché quelques secondes mon formulaire-si-important-à-remplir pour yeuter les protagonistes avec beaucoup d'espoir humain.
- Comme j'étais là hier matin, j'imagine que je n'ai pas besoin de remplir encore une fois le fameux formulaire, hein?
- Ah-Monsieur-ce-ne-sera-pas-possible-Vous-DEVEZ-remplir-le-formulaire-à-nouveau-c'est-la-procédure.
- Euh... mais là, depuis hier, mes informations n'ont pas changé? Vous pourriez faire une exception?
- Non-Monsieur-donnez-moi-vos-deux-cartes-ensuite-vous-allez-vous-changer-et-mettre-une-jaquette-de-face-que-vous-attachez-dans-le-dos-et-ensuite-une-jaquette-de-dos-que-vous-attacherez-de-face-comme-une-robe-de-chambre-pour-cacher-l'ouverture-au-dos-et-vous-enlevez-TOUT-puis-vous-mettez-les-pantoufles-bleues-vous-mettez-tous-vos-articles-dans-un-sac-transparent-jaune-et-vous-revenez-vous-asseoir-dans-la-salle-d'attente-avec-le-formulaire-à-remplir-que-voici.
Le Monsieur a froidement glissé ses cartes vers Bouledoguette et s'est dirigé vers le vestiaire. Au moins, lui, il "savait" quoi faire exactement...
J'ai eu envie de chouiner à nouveau.
Je deviens de plus en plus sensible face à la bêtise humaine. Dans un lieu où la nervosité se présente avant même le premier bonjour de la part d'un patient, la compassion ne devrait pas être obligatoire? Une personne à l'accueil ne devrait pas, justement, être sélectionnée pour sa capacité d'accueil? L'usure du temps est-elle réellement une excuse pour cette froideur pseudo-professionnelle entre humains? Est-ce qu'un plexiglass enlève encore plus la capacité émotionnelle de créer des liens, si brefs soient-ils?
***
Si je le pouvais, je ferais du bénévolat dans cette salle d'attente pour guider/accompagner/rassurer les patients qui viennent s'y faire, littéralement, charcuter de façon provisoire...
En tout cas, moi, j'aurais aimé recevoir, de la part de Bouledoguette, un sourire franc au lieu d'une poignée de mots-secs-et-sans-saveurs (comme les croquettes qu'elle doit ingérer au dîner) directement dans le visage.
***
Alors que je terminais de remplir mon questionnaire, j'ai entendu ceci :
- X-Mom est demandée au département de chirurgie d'un jour, svp. X-Mom est demandée au département de chirurgie d'un jour, svp. Merci.
Je me suis levée debout, intriguée. N'étais-je pas "déjà" au département de chirurgie d'un jour?!?
- Ne suis-je pas déjà au département de chirurgie d'un jour?, ai-je finalement dit à voix haute...
Tous les patients de la salle d'attente m'ont regardée, intrigués et mi-souriants eux aussi. J'en était là de mes réflexions et prête à faire quelques figures de danse classique pour désennuyer la foule quand une voix rude est venue briser ce grâcieux moment d'absurdité.
- Vous-devez-vous-rendre-au-bout-du-corridor-qui-se-trouve-à-votre-gauche-et-ensuite-vous-allez-au-poste-à-votre-droite-à-la-chirurgie-d'un-jour.
C'était Bouledoguette qui venait d'aboyer, toujours sans lever les yeux. Woouh-wouaf.
En passant devant la responsable-dudit-département-d'accueil-canin, j'ai lâché un "Si-vous-êtes-de-bonne-humeur-ce-matin, il-faudrait-le-dire-à-votre-visage-tsé" et j'ai continué mon chemin, non sans ressentir un vilain plaisir d'avoir moi aussi, aboyé, en quelque sorte.
Rendue à destination, deux infirmières m'ont accueillie avec un large sourire et l'une d'entre elle m'a indiqué où se trouvait mon "lit d'attente".
J'ai lâché un soupir de soulagement. La gentillesse était donc au rendez-vous. Ouf. Et yé.
Parle-parle jase-jase avec l'infirmière qui a noté, à sa grande surprise, toutes mes allergies, intolérances et particularités médicales et qui m'a expliqué, avec tant de douceur, les étapes par lesquelles je passerais avant de disparaître derrière les portes du bloc opératoire.
Bien installée sur un lit-roulant, elle a déposé une couverture chaude sur mes jambes et m'a annoncé que ma chirurgie aurait lieu à 10h15.
Il était 8h15, j'avais donc deux heures devant moi. Selon elle, vers 9h00, l'on viendrait me déplacer dans la zone pré-opératoire où je rencontrerais alors le chirurgien et l'anesthésiste.
J'ai donc saisi mon bouquin et après plusieurs minutes de découragement, j'ai réussi à trouver une façon de placer mon masque afin que mes lunettes puissent me permettre de lire et non de ne seulement servir qu'à être des miroirs de buées...
Tout autour de moi arrivaient d'autres patients qui s'installaient eux aussi dans leur espace temporaire. J'écoutais parfois les conversations entre ces derniers et les infirmières et le constat était facile; tous les patients sont nerveux, insécures et inconfortables. Bien déguisés avec nos jaquettes superposées, nous faisions tous partie du même club sélect.
Tout à coup, j'ai reconnu la voix du Monsieur très âgé. Aidé par l'infirmière-douceur, il s'est installé sur son lit-roulant et a commencé à répondre aux 1001 questions techniques. À un moment donné, le ton de l'infirmière a changé.
- Monsieur Z... Vous êtes sérieux, là?
- Ben oui, Madame La Garde-Malade, si je vous le dis...
- Mais Monsieur Z, il ne fallait PAS prendre vos médicaments contre le diabète...
- Ben c'est pas grave, voyons... j'ai juste pris ceux-là... Ma femme m'a empêché de prendre les autres, parce qu'a disait qu'y fallait pas que je les prenne... Mais si je prends pas ceux-là, je me sens pas aussi bien... Pis je me suis dit, je vais être à l'hôpital, ils vont bien savoir que c'est important que je contrôle mon diabète...
- Mmm... Monsieur Z... on vous avait pourtant donné une feuille sur laquelle on avait s-u-r-l-i-g-n-é les médicaments à ne PAS prendre...
- Mais non... je n'ai pas eu de feuille... Sinon, ma femme l'aurait lue...
- Attendez, Monsieur Z... Vous n'avez pas eu de feuille comme celle-ci, hier?
- Ah non, je vous jure, ma belle madame... Pas reçu de feuille de même hier...
- Bon, laissez-moi vous expliquer un peu... Vous savez ce qui se passe, Monsieur Z, quand vous prenez vos médicaments? Ça diminue votre taux de sucre dans le sang. Mais là, vous êtes à jeun depuis hier soir et votre taux de sang est déjà diminué. Et comme vous serez opéré pendant quelques heures et que vous en aurez pour quelques heures de réveil sans manger, votre taux de sucre sera rendu bas. Trop bas... vous comprenez?
- Je comprends... mais c'est si grave que ça? Je ne pensais pas mal faire...
- Je sais Monsieur Z, vous êtes si gentil... je vais aller discuter avec le chirurgien et je vous reviens.
À cet instant, une autre infirmière est venue me "rouler-couchée" jusqu'à la salle pré-opératoire.
Je n'aurai jamais su si le vieux monsieur s'est fait opérer.
À mon réveil, j'étais dans un état de tel "rywioyh", que je ne me souviens pas de l'avoir croisé.
***
À suivre (my god, je ne croyais pas écrire si longtemps sur "si peu"... on appelle ça "dégeler leeeentement du cerveau, hein?) ...
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