Aimer son mou...

Combien de fois, depuis mon enfance, ai-je entendu dire que "quand tu vas vieillir, tu vas voir, tout va ramollir et s'affaisser"... (Bon, on ne disait pas "affaisser", mais "descendre vers le bas", mais les pléonasmes m'agacent plus à l'écrit qu'à l'oral. Chacun ses TOC).

À huit mois de ma quarantaine, je constate en effet que le tit-gras-de-bebye du bras se ramollit si je ne l'entretiens pas à grand coups d'haltères-fiston (soulever un fils de 20 kilos 20 X jour EST un gym portatif très peu coûteux, je vous le loue si vous le souhaitez!) ou si par exemple, un soir de défoulement alimentaire mensuel (et menstruel, hé oui), je me vautre dans un sac de croustilles nature...

Je constate également qu'il y a deux façons de voir "son mou".

1- On l'accepte et l'on s'affiche telle une Guylaine Guay qui se montre la rondeur en public en toute fierté...

2- On se déteste en silence *ou à voix haute* et l'on tente de se cacher le bourrelet à coups de chandails un peu amples, de gaines-si-nécessaire-pour-une-soirée-en-robe-chic ou encore avec une astuce consistant à ne pas sortir. Mais cette dernière option est intense et si vous la croyez bonne, de grâce (ou de grasse, haha), consultez immédiatement!

Ma façon de me percevoir s'avère tristement dans le deuxième camp où mon corps, qui pourtant me permet d'accomplir de magnifiques exploits tels que vivre et d'avoir donné la vie, m'apparaît comme étant rempli d'imperfections et surtout, de "gras mal placé". ET ici, ne m'écrivez pas que je ne suis pas grosse et que vous l'êtes 100 fois plus que moi, je cherche à me départir de cette mauvaise perception de mon enveloppe charnelle et ça passera ce soir par l'écriture. (Reste que ça coûte vachement moins cher qu'un psy et en même temps, ça me fait brûler des calories par le clavier! hahahah!)

Ceci étant dit, je m'aperçois que cette vision intérieure erronée est ancrée dans mes neurones depuis ma jolie enfance où, étant croquable à souhait avec mes cheveux platine et mes joues roses de bonheur, j'affichais un corps ni trop mince, ni trop large. "Correct", comme je le qualifie quand je regarde des photos. Sauf que ce corps "moyen" s'est endimanché d'un surplus de gras vers mes 10 ans et qu'en plus d'avoir affaire à des commentaires négatifs de la part d'un père-à-la-mentalité-plutôt-machiste (il le sait, ne vous en faites pas), j'ai eu affaire à un imbécile de camarade de classe... Ce gamin, probablement parce qu'il était roux et que toute le monde se moquait de lui, s'est mis à me traiter de "Bouboule" à qui mieux-mieux de la cinquième année jusqu'à la toute fin de mon secondaire... où là, des seins et des hanches ont remplacé mon corps-en-forme-de-pomme et où j'avais enfin trouvé une façon de le faire taire, cet abruti... soit en le plaquant par terre en plein corridor et en lui criant de fermer sa gueule de marde devant tous ses amis. (Ce n'était pas LA façon idéale d'agir, mais bon... dans ce temps-là, l'intimidation n'était pas à la mode).

Pendant mon secondaire, j'ai tenté, par des moyens insensés, de perdre ce surplus de poids. Ne pas déjeuner, me faire un lunch chaque jour et le jeter ensuite chaque midi, manger seulement 6 biscuits soda le midi (et me demander pourquoi je mangeais un sac de chips en cachette dans l'autobus sur le trajet du retour..) et autres stratagèmes on ne peut plus réfléchis.

Une fois partie en appartement pour le cégep, cette obsession de la minceur est devenue moins forte puisque je goûtais à une liberté et que mes études en lettres me remplissaient le cerveau de pur bonheur. Je découvrais une nourriture intellectuelle qui me permettait de m'épanouir et de me dire que le talent se fout carrément de l'enveloppe. Et que manger trois repas par jour était vraiment plus sain pour pouvoir assister à mes cours (et à tous les partys) sans avoir l'impression d'être sur un navire en haute mer très houleuse.

Tout de même, l'idée que mon corps était une réplique du Bonhomme Michelin me restait en tête et assombrissait mon quotidien, car jamais je ne fus et ne serai une "grande mince" comme je l'aurais tant souhaité...

Et encore aujourd'hui, quand je fréquente le miroir, je vois en premier "ce qui dépasse" et "ce qui ne devrait pas être là". Et sincèrement, je suis de plus en plus lasse de me détester. Ce sentiment ne m'apporte rien. En fait oui, ça m'apporte une lourdeur encore plus grande et celle-là, elle est bien réelle, bien qu'invisible.

Il est si difficile de s'accepter. De se voir avec les yeux de son amoureux qui nous trouve belle depuis le tout début. Malgré la grossesse, les hormones qui swinguent et les années qui passent. De s'aimer avec les yeux de son enfant pour qui nous sommes une mannequin-princesse.

Et c'est d'une tristesse, sincèrement.

Les discours ambiants sont désormais tellement axés sur l'importance de la santé; il faut réapprendre à manger à satiété, manger bio, manger peu mais souvent, manger protéiné, manger végé, avoir un poids santé (le fameux IMC), éviter le sucre, l'alcool, le gras, lire les étiquettes, avoir une Fitbit pour compter nos pas, installer des applications qui calculent nos calories...

Chaque jour, j'entends au moins un commentaire sur le poids d'une personne publique ou non. Que ce soit à la radio, à la télé (fiction ou réalité) ou sur les réseaux sociaux (là où ça se gâte!), on dirait que parler du corps de l'autre est devenu aussi banal que de parler de la météo!

Dans les réunions familiales, impossible de ne pas entendre un "mais t'as maigri, toi?", un "ouain, tu profites!", un "je fais un régime sans glucides" ou un "tu ne devrais pas manger de dessert, ton grand-père faisait du diabète"... Trouvez-moi un party de bureau où l'on ne va pas parler de "Suzie qui avait une robe bien trop moulante et qui avait l'air d'un rôti" et d'une soirée de gala où personne ne commentera le fait que "l'animateur est rendu dans la cinquantaine et que ça paraît"...

Pourquoi doit-on toujours parler d'un surplus ou d'un manque de poids?

Et pourquoi moi, en cette belle soirée de décembre, j'en parle aussi?

Parce qu'on en parle trop justement et que je crois qu'il faut nommer ce problème.

Je ne dis pas qu'il faut se mettre la tête dans le sable et ne pas écouter son médecin qui nous prévient que notre corps ne "tiendra pas la route si l'on continue ainsi" (si c'est le cas), mais je dis qu'il y a des sujets de discussions propres à l'humain qui sont mille fois plus intéressants.

Surtout lorsque l'on est avec les gens que l'on aime. Car nos enfants grandissent en même temps que nous et même s'ils ne veulent jamais nous ressembler, ils répéteront inconsciemment nos phrases communes et nos comportements en société.

En ce temps des fêtes qui approche, je vais faire cette demande directe à mon entourage. Aucun commentaire sur le corps de personne.

Sinon, ça sera un dollar dans un pot commun.

Et cet argent, je le donnerai à mon fils.

Parce que lui, il ne parle pas.

Parce que lui, dans son monde, tout le monde est proportionnel à son coeur.

Et son coeur, lui, il inclut toute la diversité corporelle qui existe devant ses yeux.





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