Ah je ris... de me voir si belle en ce miroir...

Je lâche un peu X-Boy pour réfléchir à clavier haut en cette journée de rentrée scolaire sous le signe de la COVID19...

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Je ne sais pas si c'est un effet secondaire de la pandémie qui sévit depuis bientôt sept mois, mais je me questionne fréquemment sur les réflexions ambiantes qui abondent, de-ci de-là, dans les actualités et surtout, comme les appelle avec justesse la Bombardier, dans les réseaux "asociaux"... 

Quand je flirte avec les Instagram de ce monde, les fameuses "stories" de Facebook, je suis subjuguée de constater à quel point la "beauté" domine sur le message. (et au fait, y'a-t-il-un-message?) 

C'est moi ou il n'y a plus moyen de présenter une photo ordinaire, sans retouche, sans tites-étoiles dans le contour, sans effet de contrejour ajouté, sans émoji, sans tite-toune-de-circonstante, bref sans blingblingpowpowchikachikawowwow? 

Elle est où, la beauté naturelle? La photo réellement prise sur le vif? La photo-pas-selfie-pantoute, mal cadrée mais juste prise par réel besoin utile pour ses archives de conserver un souvenir? Il est où le respect pour l'image honnête? 

Est-ce qu'en 2020, alors que les femmes sont de plus en plus présentes dans les hautes sphères décisionnelles et entrepreneuriales, il faut encore a-b-s-o-l-u-m-e-n-t se présenter au public sous notre meilleur jour "ever" (car il "faut" utiliser de l'anglais dans nos petits textes... le "big love", le "je te feel" est tellement important...)??? 

Alors qu'un mouvement de femmes, si petit soit-il, revendique le "bra-free", comment se fait-il que les cliniques de chirurgie esthétique roulent sur l'or et que les vingtenaires se botoxent les rides du sourire et du lion parce que "hey, c'est pas vrai que je vais avoir des rides tu-suite, tsé, j'ai une image à conserver"?

Comment se fait-il que lorsque je parcours les Instagraves (haha) et les "stories", quand j'ai du temps à perdre (mais surtout parce que je suis un peu voyeuriste, humanité oblige), je vois des milliers de photos de femmes dans la trentaine et la vingtaine qui se ressemblent toutes, au final?

Où elle est, la singularité? Pourquoi ces femmes ont-elles pour la plupart de longs cheveux de sirène avec des ondulations pseudo-naturelles dans le bas des cheveux? Avec "for sure" un ombré naturel (payé au bas mot 500$ chez un.e coiffeur.euse réputé.e) qui en fait, n'est autre chose qu'un procédé de repousse créé artificiellement, alors que, il me semble, quand on se teint les cheveux, on abhorre le moment où une repousse se pointera dans le décor? 

Pourquoi ont-elles pour la plupart des faux-cils, des faux-ongles, un maquillage savamment appliqué (thanks to you, youtube, without you, i would not survive), un sourire mi-ouvert (il faut appuyer sa langue derrière les dents du haut, ça fournit un sourire mystérieux et sensuel, you know...) et dans d'autres cas, un éclat de rire ultra-calculé, car du fun, on en a TELLEMENT quand on se prend en photo pour la 1231253 fois dans la même heure?

Il est où le temps où, lorsque l'on se rencontrait entre amies de filles, on se parlait SANS se photographier ou se filmer? Sans se mettre en scène? Sans placer les tits-cupcakes achetés chez la pâtisserie sans gluten (car le gluten est l'ennemi # 1 du ventre plat) sur la table au faux-fini de bois de grange ou encore les tapas payés une fortune mais hey, on sait se gâter dans la vie et des petites portions, c'est santé?

Il est où le temps où quand les filles se plaçaient pour se faire photographier, elles ne savaient PAS qu'il fallait être de côté, mettre la main sur une hanche, étirer le cou légèrement vers l'avant pour faire disparaître le double menton et SURTOUT, rentrer son ventre car oh, c'est la première chose qu'elles vérifieront sur leur tit-écran personnel quand la plus vite d'entre elles aura partagé la photo de leur réunion SO PRECIOUS SO PERFECT SO REAL #iloveyougurls #iwillgetthecovidbutidontcarebecauseimsoyoungandpowerful ?!?

Il est où le temps où les filles ne portaient pas toutes les mêmes vêtements parce qu'elles assumaient leur identité et ne se fiaient pas religieusement aux diktats des youtubeuses et des #occupationdoublewannabe?

Il est où le temps où les filles faisaient du sport dans un but personnel et non pour se montrer le mollet bien galbé parfaitement hâlé sur leur planche de paddleboard gossée par un ébéniste au look androgyno-lumberjack? 

Il est où le temps où l'on n'était PAS au courant que notre voisine avait couru 4 km aujourd'hui, même sous une température de 38 degrés à l'ombre et même si elle avait une déchirure du ligament qui lui était arrivée lors de son dernier bootcamp dans un lieu #topsecretmaistellement"in"?

Il est où le temps où l'on pouvait ne PAS être toujours dans un état de #purbonheur, #vierêvée, #mesamiessonttoutemavie, #laperfectionexiste (et est commanditée)???

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Vous savez quoi? Dernièrement, j'ai osé critiqué de vive voix, par simple curiosité, des personnes qui s'affichent ainsi sans retenue sur les réseaux sociaux... J'ai osé les questionner à savoir pourquoi? pour qui? dans quel but? elles faisaient la promotion malsaine (selon moi) de l'image de la fille trop en forme, trop bien entourée, trop bien coiffée en tout temps, trop maquillée? 

Et qu'est-ce que j'ai reçu comme réponse?

Que contrairement à elles, j'étais à 100% dans le jugement. 

Que ces filles, elles, ne jugent JAMAIS les autres. 

(C'est moi où quelqu'un qui scande ne JAMAIS juger est assurément dans le jugement total, car en train de juger ceux qui jugent? Héhé, je préfère mon honnêteté et dire que oui, je juge avec un certain bonheur intellectuel chiant, permettez-moi de vivre...)

Elles ne "sont pas là-dedans". Comme elles me l'ont répété : "elles ne vont pas là"...

(Avez-vous remarqué que dernièrement, ces expressions sont utilisées à toutes les sauces? Moi j'appelle ça de l'évitement. Du politically "ta yeule, on ne veut pas se faire déranger dans notre monde de licornes".)

Eh bien moi, j'ai eu envie "d'y aller, là"... De me lever le féminisme et de montrer un peu les dents. 

Si l'on n'a plus le droit de confronter, de questionner, de créer des débats, des discussions, des émois, des colères, des désaccords, des chocs d'idées et de valeurs, que deviendra-t-on?

Nous deviendrons la société actuelle.

Une société où la moindre critique est un désaveu. Où les opinions négatives ne sont que le reflet de frustrations personnelles. Où l'indignation domine la réflexion. Où la fermeture s'abat sur l'ouverture d'esprit...

Si les femmes d'aujourd'hui veulent se faire entendre, il faudra qu'elles utilisent des mots. Les bons, les plus forts, les plus adéquats. 

Et l'avantage avec les mots, c'est qu'on ne peut pas les maquiller ni les photoshoper...

Quoique si... car si l'on constate les évolutions du vocabulaire, les mots sont rendus des armes... 

Qui ose dire, de nos jours, sans risquer le bûcher, qu'une personne est naine? Qu'une personne est sourde? Qu'une personne est une secrétaire? Que Nathalie Petrowski avait raison de chiâler?

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Je regarde les mouvements sociétaires prendre naissance ces temps-ci et ça me fout les jetons...

La culture de l'image, la culture de la dénonciation sans preuve, la culture du "personne n'est perdant" ne permettent pas, et c'est mon opinion, à une société de se construire un avenir solide et rassurant... 

Quand je regarde comment, dans les musées, en littérature, au cinéma et même dans les lieux publics, on sabre dans les mémoires pour les remplacer par du "zéro blessant", je trouve qu'on blesse la plus belle partie de l'humain.

Soit sa liberté.

Sa parole.

Sa nature.

L'essence même de sa distinction.


2 commentaires:

  1. Ah! Marie-ma-mie, te lancer en politique ça te dirait... je t'y vois tellement avec ta grande gueule et ton rire " du fond du coeur pour vrai " et ta lucidité de toujours, my God!!!!! ta groopie qui t'aime et t'admire tant XXX

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  2. Haha! Moi, en politique? Et être obligée de faire des photos "plastique" pour mettre sur des pancartes? Aaaah, non!!! Mais pour les débats d'idée, ce serait l'endroit... ;) Merci d'être encore une fervente groupie; je le suis tout autant de ta douce personne! XXX

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